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lundi 6 avril 2009

Arrabiata


Je ne suis pas particulièrement amateur de cuisine fortement épicée, qu'elle soit chinoise, mexicaine, thaïlandaise... Quand je vais manger au restaurant, je n'y vais pas forcément en compagnie d'un pompier ; je ne m'attends donc pas à avoir la bouche en feu. Il m'arrive cependant, sans nécessairement rechercher les plats les plus épicés, de manger des plats qui réchauffent ; au restaurant chinois près de chez moi, par exemple (ce sont des Chinois francophones, venus de Paris où les parents s'étaient établis il y a longtemps), j'aime commander une soupe fortement aromatisée au basilic et assaisonnée au gingembre et à je ne sais quelle autre épice. C'est une excellente soupe à commander l'hiver ou l'automne quand il fait froid ; en quelques minutes, elle nous fait transpirer. Je ne la choisis pas nécessairement pour son caractère fortement épicé mais pour le goût de basilic et de gingembre.

Puisque le printemps est dans l'air, j'ai décidé ces jours-ci de stimuler mon organisme avec des jus de légumes que l'on ne boit pas forcément tous les jours, en ajoutant aux légumes divers assaisonnements toniques.

Pauvre en glucides et malgré son goût sucré, la betterave apporte peu de calories ; elle contient, comme la carotte, surtout du potassium et, en quantité moindre, du magnésium ; la carotte fournit en plus la carotène dont nous avons besoin en anti-oxydants. J'ai donc mis dans mon mélangeur trois ou quatre betteraves de grosseur moyenne, une carotte, une pomme, une poire, trois gousses d'ail, une racine de gingembre, un peu d'huile d'olive, un peu d'eau afin d'obtenir un jus que je pourrais boire ; à la toute fin, j'ai voulu ajouter du poivre de cayenne qui, avec la betterave, le gingembre et l'ail, ferait réchauffer le sang et favoriser la circulation tout en éliminant le cholestérol. J'avais acheté le jour même un flacon de poivre de cayenne, que je n'avais pas encore eu le temps d'utiliser. Au moment d'ajouter le poivre de cayenne, le bouchon est tombé et avec lui quelques cuillérées de poivre ; comme tout cela est tombé dans le jus, il n'était pas question de retirer la poudre de cayenne (ça m'apprendra à mesurer les quantités dans des contenants vides avant de les ajouter à mes préparations).

Je savais bien que ce serait pour le moins épicé mais je n'avais pas envie de jeter mon jus de légumes que je m'étais donné tant de mal à préparer. Prenant mon courage d'une main et un morceau de fromage de l'autre, j'ai pris rapidement quelques gorgées de jus épicé, en prenant soin d'éteindre le feu avec une bouchée de fromage (il faut éviter de boire de l'eau quand une épice nous brûle la bouche ; l'eau ne fait que répandre plus encore l'épice dans la bouche).

En comparaison avec mon jus de légumes tonique, les pâtes all'arrabiata (« à l'enragée »), fortement assaisonnée de chili ou de pili-pili, sont comme un dessert à la crème.

vendredi 26 septembre 2008

Rendre grâce

Dans les moments difficiles, il n'y a pas que... des difficultés.

Ces derniers temps (encore ? seront tentés de demander certains d'entre vous, avec raison), j'ai du mal à écrire, quoi que ce soit, où que ce soit. Je peux expliquer ce blocage en partie par une série d'occupations et surtout de préoccupations ; je n'ai pas l'esprit libre pour imaginer autre chose que la prochaine action nécessaire. Mais cela, ce n'est pas nouveau : je n'ai jamais été très habile pour me rendre la vie facile et confortable. Adolescent, j'ai dû être absent quand on a enseigné cette leçon et personne n'a songé à me prêter ses notes de cours. J'ai pourtant bien appris plus tard, en autodidacte, tout ce qui fait une vie agréable, mais je n'ai pas appris comment l'obtenir.

Et je suis fait d'une bizarre de façon : si rien ne bouge autour de moi, en moi surtout, il me manque l'élément déclencheur, « l'émotion de départ », écrirait Yves Navarre. Il me faut une émotion. Et si tout bouge, c'est trop. J'ai besoin de laisser retomber la poussière, de prendre un peu de recul. Je peux écrire au milieu de la circulation, à condition d'écrire sur autre chose que la circulation et à la condition de ne pas être écrasé par les voitures. Les émotions, ce n'est pourtant pas ce qui manque ces temps-ci !

Bien sûr, de savoir qu'un être que l'on aime doit être hospitalisé, c'est toujours un peu inquiétant, quelle que soit la cause de l'hospitalisation. Quand le séjour prévu se prolonge, l'inquiétude augmente encore un peu. On a beau avoir confiance et essayer de conserver sa sérénité, l'anxiété augmente au fil des heures, puis au fil des jours. Une bonne nouvelle rassure un moment et le cycle de l'attente recommence. Quand les nouvelles arrivent, qu'elles soient rassurantes ou pas, il y a une tension qui se libère, tension que l'on n'avait pas forcément senti grandir en soi avec l'anxiété. La tension relâchée, on apprécie la bonne nouvelle parmi les autres et l'on se sent apaisé... jusqu'à ce que l'on se demande ce qu'il y a autour de la bonne nouvelle...

Je crois que, malgré tout, j'ai toujours été plutôt optimiste. J'ai tendance, dans bien des situations, non pas à nier la réalité mais bien à essayer de l'examiner le plus lucidement possible, pour essayer de voir ce que l'on peut en faire, comment on peut l'améliorer.

En ouvrant au hasard un livre pris au hasard, un livre sur la créativité, je suis tombé sur un passage très intéressant sur les blocages. L'auteur y dit, en résumé, que très souvent, lorsque l'on se sent dans une impasse, bloqué ou agité, ce n'est pas forcément parce que l'on n'a pas d'idée, pas de projet mais plutôt, au contraire, parce qu'il y en a trop et que tout se présente à la sortie en même temps. L'une des façons de s'en sortir, alors, c'est de faire quelque chose, peu importe quoi, du moment que c'est utile : mettre de l'ordre sur le bureau, dans nos tiroirs, plier des vêtements, cirer des chaussures, aller faire une promenade... Un autre truc, c'est de terminer quelque chose que nous avons commencé : une lecture, le ménage dans sa chambre, le classement de nos papiers, le rangement des disques, etc. Le secret, c'est de libérer de l'énergie pour permettre à la créativité, qui n'aime pas être bousculée ou coincée, de s'exprimer en toute liberté... Ça semble marcher.

Une question qu'il ne faut pas oublier de se poser, de temps à autre : « Quand, la dernière fois, est-ce que j'ai eu du plaisir à faire quelque chose ? » ou « Quand ai-je vraiment ri la dernière fois ? » Si on a du mal à se souvenir, il serait peut-être temps d'y voir. Dans mon cas, je me souviens très bien : c'était lundi et mardi d'avant, en soirée. Avec un charmant jeune homme, sur MSN, nous nous sommes amusés à trouver des émoticônes pour représenter notre univers et les êtres qui le composent. Nous y avons pris beaucoup de plaisir et nous avons ri, vraiment, donnant raison à Chateaubriand, qui écrivait : « Le vrai bonheur coûte peu ; s'il est cher, il n'est pas d'une bonne espèce. »



Je ne me souviens pas avoir autant « exploité » mon réseau de connaissances, mon entourage immédiat, que ces dernières semaines, appelant parents et amis pour leur exposer clairement ma situation, après avoir pris de leurs nouvelles, bien entendu. Cet exercice m'aura permis, d'une part, d'avoir des nouvelles des parents et des amis et, d'autre part, de connaître les limites de chacun.

Au cours des derniers jours, des amis, même éloignés, ont vraiment été présents - je dirais même : surtout les amis éloignés. Sans nécessairement connaître le détail de mes inquiétudes et de mes préoccupations, des amis m'ont téléphoné de France, certains appelant plusieurs fois dans la semaine. D'autres amis français ont surtout été présents sur MSN, prenant chaque jour des nouvelles. Des messages de soutien et de réconfort sont venus aussi d'Angleterre... Je ne nommerai personne pour ne pas faire de jaloux, mais je les remercie tous du fond du coeur. Et je suis désolé pour ceux, au loin, à qui je n'ai pas permis, en ne leur donnant pas de nouvelle, de me témoigner leur amitié et leur soutien.

Autre agréable surprise : en voyage sur la Côte d'Azur, Pierre-Vincent de Nantes (qui n'est pas V. à l'Ouest) m'a adressé une carte de Grasse. Je pourrai lui rendre la politesse ; pour l'instant, je veux rendre grâce à tous ces amis qui, tout au long de la semaine, ont été présents.

Et pour rendre grâce à ceux qui, il y a un moment déjà, ont participé à un concours et qui ont gagné une carte postale, j'enverrai finalement les cartes que j'ai achetées il y a quelques jours.

dimanche 21 septembre 2008

Tendres pensées...

pour quelqu'un qui est hospitalisé depuis samedi.

Dans un livre qui a apporté tant de lumière et de joie sur tant d'ignorance et de solitude, l'un des héros reçoit d'un ami une image montrant « un ange bleu près d'un enfant rose » ; au dos de cette image se lisait cette « prière à l'ange gardien d'un enfant absent », que je reprends volontiers à mon tour :

« Ange gardien de celui que mon cœur vous nomme, veillez avec plus de soin sur lui. Rendez ses pas faciles, ses travaux féconds. Essuyez ses larmes, s'il pleure ; sanctifiez ses joies, s'il en a ; relevez son courage, s'il se sent faible ; ranimez l'espérance, s'il se désole ; la santé, s'il souffre ; la vérité, s'il s'égare ; le repentir, s'il succombe. »

Tous mes voeux de prompte guérison, mon petit Lapin. Je t'aime.

lundi 4 août 2008

Mon arbre, ton arbre... notre vie

Je suis né à la campagne et j'y ai grandi jusqu'à l'âge de 15 ans. Autour de la maison, il y avait un jardin, des bâtiments de ferme, des champs et, pas très loin, la forêt. De quelque côté que l'on regarde, on voyait des arbres, des conifères, surtout, des pins, des sapins, des épinettes, mais aussi des érables, des bouleaux, des trembles, des noisetiers... En fait c'est mon père qui, le premier, avait défriché ce coin de forêt pour y construire d'abord une habitation rudimentaire, faite de troncs d'arbres qu'il avait lui-même abattus, cabane dans laquelle sont nés les premiers de mes frères et de mes soeurs. Par la suite, mon père a construit la maison dans laquelle j'ai vécu de ma naissance jusqu'à quinze ans, avec deux parenthèses. Ce n'était pas un château ni un manoir luxueux, mais c'était une jolie maison de campagne avec une grande galerie qui courait sur trois côtés. Je ne me souviens pas moi-même du temps où nous n'avions pas encore de voisins établis sur des terres voisines qu'ils avaient aussi défrichées et ensemencées.

Quand on vit à la campagne, surtout quand on y est né, les arbres, les plantes, ça nous semble tout naturel ; on en jouit sans trop se rendre compte de la chance que l'on a. Puis, quand on doit, pour « gagner sa vie », s'installer dans les grandes villes, vivre entre l'asphalte et le béton, avec quelques arbres qui essaient tant bien que mal d'humaniser tout cela, on se rend compte du privilège que l'on avait de vivre parmi les plantes, de voir grandir les arbres, d'observer les saumons et les truites frétiller dans la transparence des rivières voisines, d'admirer les bêtes, grandes ou petites, qui peuplent les forêts...

À Montréal, il y a longtemps que j'habite au pied du mont Royal. Quand j'ai besoin de respirer, de retrouver la sérénité, j'ai souvent eu le réflexe d'aller marcher sur le mont Royal. La végétation, les oiseaux et petites bêtes qui aiment ce grand parc autant que moi, me font rapidement oublier le rythme trépidant de la ville ou les agitations de l'esprit et du cœur. Après avoir marché un moment dans les sentiers, après avoir bien senti le sol sous mes pieds, j'aime retrouver « mon » arbre, quelque peu à l'écart et m'y appuyer. Bien adossé à son tronc, il me semble sentir monter en moi une énergie nouvelle comme si mes pieds la puisaient dans le sol, près des racines de l'arbre, et comme si cette énergie grimpait dans le tronc de l'arbre et passait directement en moi au contact de ma colonne vertébrale. Je peux rester ainsi très longtemps, adossé à cet arbre, à refaire le plein d'énergie et à refaire le monde de mes rêves.

Je sais que je ne suis pas le seul à sentir le végétal en moi. J'en parlais récemment avec quelqu'un que j'aime beaucoup ; il me disait accorder aussi beaucoup d'importance à ce contact, à ce ressourcement de l'énergie venant du sol, passant par la végétation et par les arbres.

Sur le plan de la symbolique, avec ses racines s'enfonçant dans le sol et ses branches s'élevant vers le ciel, l'arbre est un symbole de vie, comme s'il était un lien entre la Terre et le Ciel, entre l'humain et le divin. Dans La fugue du petit Poucet, Michel Tournier le dit très bien : « Plus vous voulez vous élever, plus il faut avoir les pieds sur terre. Chaque arbre vous le dit. »

Comme la vie de l'arbre est généralement plus longue que celle de l'homme, on en fait aussi un symbole de renaissance, de fertilité et d'éternité. D'ailleurs, de nombreux parents ont la sagesse, à la naissance d'un enfant, de planter un arbre, en espérant les voir grandir ensemble, le plus longtemps possible.

Les arbres sont, pour diverses raisons, importants dans nos vies personnelles, mais leur présence est essentielle à la survie de la planète sur laquelle nos vivons, pour l'air qu'ils contribuent à purifier, pour la lutte contre le réchauffement et contre la désertification, etc.

La plupart des photos proviennent d'ici

S'il m'arrive souvent de me sentir en communion avec les arbres, je crois que je suis aussi comme le renard du Petit Prince. Je m'intéresse aux choses que me font découvrir ceux qui m'ont apprivoisé ou aux choses qui me rappellent ceux que j'aime. Il y a quelque semaines déjà, mon ami Poeri (dont ce sera l'anniversaire ce mardi 5 août) m'a envoyé des liens vers un film d'animation que l'on peut retrouver sur Internet, film qui a obtenu un grand succès au cinéma et que l'on a pu voir aussi à la télévision. Il s'agit du film d'animation qu'a réalisé le dessinateur québécois Frédéric Back sur une nouvelle de l'écrivain provençal Jean Giono, « L'homme qui plantait des arbres ».

Je n'avais encore jamais eu la patience de regarder au complet le film à la télévision mais, puisque Poeri attirait mon attention sur ce film comme résultat d'une superbe collaboration québéco-provençale, je me devais de le regarder au complet. On peut le trouver en deux parties, je crois, sur Dailymotion (la suite sera annoncée sur la page ; je crois même qu'il y a une version anglaise)ou encore en une seule partie sur Sub (le film dure environ 30 minutes). La narration est assurée par l'excellent Philippe Noiret. La combinaison du texte, de Giono son message, les dessins et l'animation de Frédéric Back et la voix de Noiret font de ce film un document très poétique et très touchant. On aurait tout de suite envie de de prendre ce qu'il faut et d'aller planter des arbres parout où l'Homme a détruit la nature, partout où la Terre a besoin de respirer et de boire..

De plus, comme il s'agit d'un très beau texte de Jean Giono et que ce texte est du domaine public, on pourra lire ici le texte intégral, en français, en anglais ou en russe, je crois.

Je ne sais pas pourquoi Peter Doyle, qui a fait la traduction anglaise, a traduit « tendres comme des adolescents et décidés » par « they were as tender as young girls, and very determined. » C'est comme si, dans son esprit, des adolescents tendres étaient forcément des jeunes filles ! On devrait le priver de sa nationalité anglaise... à moins qu'il ne soit aux États-Unis. Traduttore, traditore, disent les Italiens. « Tout décodage est un autre encodage », me disait hier un ami très cher. Traduire, c'est trahir, en voici donc une preuve supplémentaire.

Message personnel : Quelqu'un que j'aime énormément doit subir aujourd'hui des soins médicaux qui ne sont pas agréables mais nécessaires. Il ne rentrera pas dormir chez lui ce soir. S'il lit ces mots, qu'il sache, encore une fois, que si la distance m'empêche d'être là en personne, j'y serai entièrement de cœur et d'esprit.