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mardi 10 novembre 2009

10 novembre 324 av. J.-C.

Alexander aimait voyager dans le temps et les personnages du temps d'Alexandre le Grand, par exemple, avaient pour lui une réalité aussi actuelle que les pantins politiques actuels que l'on voit trop souvent dans les médias.

Si Alexander avait pu remonter le temps, il aurait très certainement voulu remonter au moins jusqu'à l'an 356 a. J.-C. Il aurait voulu renaître à Pella avec Héphaistion, fils d'Amyntas (on ne semble pas connaître la date exacte de sa naissance, certains le faisant naître exactement le même jour que son ami le plus cher, son compagnon qui fut sans doute pour lui ce que fut Achille pour Patrocle, un ami, un amant, Alexandre, fils de Philippe II, roi de Macédoine, né le 21 juillet).

Il aurait voulu accompagner Alexandre et Héphaistion lorsqu'ils déposèrent, en 334 av. J.-C., près de Troie, une gerbe de fleurs sur les tombes de deux autres amis-amants célèbres, Achille et Patrocle. Il était si fier que les cendres de ces deux amants soient réunies.

Il aurait surtout voulu être là, en 324 av. J.-C., quand Héphaistion fut pris d'une fièvre violente, qui pouvait être la typhoïde ou bien la malaria. Alexander aurait voulu être médecin à cette époque afin de sauver la vie de celui qui fut toujours son héros le plus cher, un modèle incomparable de dévouement et de fidélité. Avec ses connaissances actuelles il aurait certainement pu empêcher que la fièvre emporte Héphaistion, ce 10 novembre 324 av. J.-C. Il serait triste en ce jour anniversaire. Je le suis pour lui, doublement.

J'aurais tellement voulu, et je ne suis pas le seul, qu'Alexander puisse terminer la rédaction du livre qu'il préparait sur cette époque, sur son ami Héphaistion, surtout. Plusieurs fois, nous avons évoqué ensemble ce livre, ses recherches, sa correspondance avec des universitaires renommés afin de valider des renseignements recueillis. Je n'ai pas vu son manuscrit et nous avons aussi manqué de temps pour parler plus sérieusement de ce projet, mais Jane me disait que le manuscrit était déjà très avancé.

Il déplorait aussi que personne ne semble avoir songé à réunir les cendres d'Alexandre le Grand et de son fidèle Héphaistion.


Les cendres d'Héphaistion furent sans doute déposées dans une urne qui pouvait ressembler à celle-ci.

Maintenant qu'il est dans une dimension où le temps n'existe pas, sans début et sans fin, Alexander a très certainement retrouvé ceux qui, parmi les êtres qu'il aimait, l'ont précédé dans cette dimension. Il aura reconnu celle qui chantait à son petit ange de si douces berceuses, son père qui adorait son petit garçon, sa marraine qui l'encourageait à rester lui-même sans laisser ceux qui prétendent l'aimer essayer de le transformer ; il aura retrouvé Freddy, Tony, ... mais aussi quelques écrivains qu'il aimait tant, tout le cercle autour d'Alexandre le Grand, à qui il pourra reprocher d'avoir trop souvent fait pleurer Héphaistion et, avec celui-ci, il pourra se rassurer : il aura été à la hauteur de ses exigences en matière de dévouement, de loyauté, de fidélité, d'amour sans arrière-pensée.

lundi 31 août 2009

Pour se souvenir de Diana


Il y a aujourd'hui douze ans qu'elle nous a quittés. J'ai écrit l'an dernier un long billet pour rappeler ce que Diana représentait pour moi ; on pourra le lire ou le relire ici. Alexander en avait été très touché, m'avait-il dit à quelques reprises. Elle était ma princesse ; elle était la princesse de mon Petit Prince. Quand il avait aimé quelqu'un, il ne l'oubliait jamais, même très longtemps après sa disparition. Diana avait à jamais sa place dans le coeur d'Alexander ; Diana et Alexander auront à jamais leur place dans le mien.

Les princes William et Harry étaient âgés, respectivement, de quinze et treize ans au moment de la disparition de leur mère. On se souvient qu'ils ont longuement marché derrière le cortège funèbre qui avait quitté le palais de Kensington à 9 h 08. Le service funèbre, à l'abbaye de Westminster, a lui-même commencé à onze heures. Le prince Harry, qui pleurait abondamment, a eu un malaise et s'est effondré, d'un seul coup sans que personne puisse le retenir, exactement comme le Petit Prince avec le serpent dans le désert*.

Quand il est revenu à lui, il n'a trouvé un peu de réconfort qu'en entendant les paroles très émouvantes qu'avaient écrites Elton John et Bernie Taupin spécialement pour sa mummy, la princesse Diana, chantées par Elton John, paroles qui exprimaient parfaitement l'émotion ressentie à l'intérieur de Westminster Abbey, à l'extérieur, à Londres, dans toute l'Angleterre, dans le monde entier...

On peut voir et entendre ici (en vidéo sur le YTube) la chanson Candle in the Wind,

* Par discrétion, la BBC (télévision britannique) n'a pas montré ces images.


P.-S. : Depuis quelques jours, je voyais venir la fin du mois et je ne voulais pas arriver au 31 sans avoir souligné, même modestement, la disparition de Diana ; je planifiais mes activités de façon à garder un peu de temps pour rédiger ce billet (les plus courts ne sont pas forcément les plus faciles à rédiger). Sur un petit secrétaire ancien, dans un coin du salon ou je travaille, avec quelques objets qui me viennent d'Alexander et des photos de lui, j'ai, dans un cadre blanc, cette photo en noir et blanc de Diana accompagnée de William et Harry ; or, ce dimanche matin, j'ai constaté que l'image s'était déplacée dans le cadre et qu'il faudrait ouvrir le cadre et recentrer la photo. Ce petit événement m'a semblé un rappel amical au sujet de ce billet à écrire.

samedi 1 août 2009

La vie continue...

Ces dernières semaines, on m'a souvent dit ou écrit que, malgré la douleur et le chagrin, la vie continue... Je sais bien que ce sont là des paroles très sages, que l'on ne saurait contester. Je le sais bien que la vie continue mais ces mots me blessent car ils semblent vouloir faire taire ma douleur en m'invitant à « passer à autre chose ». Et si ce n'est pas un scandale de voir la vie continuer son cours comme s'il ne s'était rien passé, c'est tout au moins un constat cruel. Comment la vie peut-elle continuer quand celui que l'on aime le plus au monde n'est plus là pour la partager avec nous, pour lui donner un sens ?

L'absence se compte en semaines, bientôt en mois, et pourtant je ne m'y fais toujours pas. J'ai l'impression que notre dernière conversation était hier et que je recevrai au cours des prochaines heures un nouveau message disant : « Hi, Honey ! I am back ! Je viens te dire combien je t'aime. Je vais faire une petite sieste et je viendrai te parler un peu plus tard... Plein de doux baisers et de tendres câlins. N'oublie jamais que je t'aime. Ton Alexander. »

Et pourtant, la vie continue, avec ou sans notre accord. Ma soeur aînée, ma marraine, célèbre aujourd'hui un anniversaire de mariage très important (mon beau-frère aussi, il va sans dire). La grande famille, les amis lointains comme les plus proches se réunissent dans une auberge de campagne où on leur servira des plats qu'ils ne pourraient manger ailleurs. Comme il fallait confirmer notre présence il y a quelques mois déjà, j'avais dit que j'y serais ; mais le coeur n'y est pas. Même si j'y étais, physiquement, je sais que je n'y serais pas vraiment... J'ai donc appelé ma soeur pour la prévenir que je n'y serais pas et lui offrir mes félicitations et mes voeux de bonheur. Elle a bien compris. Je m'organiserai pour aller leur rendre visite au cours des prochaines semaines.

De son côté, malgré son épuisement et sa terrible douleur devant la perte de celui qu'elle considère comme son fils, Jane a assisté au mariage de sa fille, il y a quelques jours, et elle a reçu toute la semaine la famille et les amis dont certains sont venus de loin. Les célébrations se poursuivent quelques jours encore. Le jour du mariage, la mariée a demandé aux invités d'associer Alexander à cette journée. Je sais qu'il n'aurait surtout pas voulu que ce jour heureux soit assombri par son départ ; il ne voulait surtout pas que l'on ait du chagrin, ni à cause de lui, ni à cause de quoi que ce soit. La semaine prochaine, Jane aura un peu de répit ; je lui souhaite, comme elle en a évoqué le projet, de partir en voiture avec Alexander le bouledogue, de rouler loin dans la campagne anglaise et, à la fin de la journée, de s'arrêter dans une charmante auberge, d'y prendre un délicieux repas, arrosé de bon vin, et d'y passer la nuit. J'aimerais faire la même chose, mais il me manque le meilleur ami d'Alexander.

J'ai reçu ce matin un courriel d'une autre lectrice fidèle et discrète qui me dit avoir trouvé hier, dans la vitrine d'un magasin de sa petite ville française, une superbe figurine en résine de Freddy Mer.cury, et qu'elle pensait l'offrir pour son anniversaire à son frère dont Freddy est l'idole depuis longtemps. En commentaire au billet précédent, Béo mentionne avoir regardé ces jours-ci un spectacle de Feddy Mer.cury, spectacle enregistré en 1982, année de naissance d'Alexander.

Je viens de recevoir l'appel d'un ami qui m'invitait à aller les rejoindre, un autre ami et lui, pour aller prendre un verre sur une terrasse. Il est trop tôt pour moi ; je verrai plus tard, vers la fin de l'après-midi, si j'ai envie d'aller « dans le monde ».

D'autre part, un ami parisien devrait arriver à Montréal aujourd'hui. Erwan, n'hésite pas à m'appeler.

Bonne Fête nationale à tous les Suisses !

La photo vient d'ici

Oui, la vie continue, malgré moi, magré tout. C'est ce que voudrait, c'est ce que veut Alexander.

vendredi 10 juillet 2009

Médecine d'urgence


En rentrant de son travail, l'année dernière à cette date, 10 juillet, Alexander m'annonçait, non pour s'en glorifier mais simplement pour partager avec moi une information le concernant, qu'il était officiellement devenu médecin spécialisé en médecine d'urgence (une semaine plus tard, il m'annoncerait une moins bonne nouvelle, mais c'est autre chose). Il en avait reçu la confirmation par écrit avant de quitter l'hôpital et, à l'exception de quelques collègues qui étaient là au moment d'ouvrir sa lettre, j'étais le premier à l'apprendre. Je me réjouissais pour lui et je lui ai demandé s'il allait répandre la nouvelle autour de lui ; non, il ne le ferait pas. Il me l'annonçait, à moi, c'était le plus important, et il le dirait à sa grand-mère pour qui il était le plus précieux des trésors. Le lendemain, lorsqu'il m'a dit que sa grand-mère lui demandait de choisir le cadeau qu'elle voulait lui offrir pour sa promotion, il m'a dit : « Devine ce que j'ai demandé. » Sans hésiter une seconde, j'ai répondu : « Une vache ! » Et j'avais raison ; il demanderait de trouver une humble vache sans arbre généalogique et qui, autrement, serait envoyée à l'abattoir ; il pourrait ainsi lui offrir quelques années d'une vie agréable à la campagne, où elle serait choyée comme toutes les bêtes « de la maison ». Elle s'appellerait... Claudia.

Ce qui l'intéressait, c'était de pratiquer la médecine, d'exercer sa profession le plus consciencieusement possible, pour sauver des vies, soulager des souffrances, rassurer des familles, et non de s'en faire une gloire. Pour des raisons que je ne dévoilerai pas, il avait plutôt demandé à l'hôpital de ne pas inscrire son nom sur la liste des promotions de l'année qui serait remise aux médias ; l'hôpital a accédé à sa demande...

Alexander avait choisi très tôt de devenir médecin ; des drames dans son entourage l'avaient décidé à étudier la médecine et, alors qu'il était adolescent, une tragédie lui a fait opter pour la médecine d'urgence plutôt que pour le travail auprès des personnes atteintes du VIH, son premier choix. Il lui avait fallu beaucoup de détermination pour atteindre son objectif, contre la volonté de certains membres influents de son entourage.

Alexander était un médecin très respecté et aimé de ses collègues et de ses patients. Il prenait très à coeur son travail et il lui arrivait d'être malheureux durant plusieurs jours lorsque survenaient des catastrophes, comme des incendies dans des quartiers défavorisés où les grands brûlés arrivaient en nombre. Contrairement à ce qui se fait souvent dans les services d'urgence, les pleurs d'un enfant ne déterminaient pas forcément ses priorités ; il y avait souvent là des blessés graves ou des personnes âgées qui réclamaient d'abord son attention, et c'était à ses yeux aussi important que de consoler un enfant qu'un bonbon aurait pu satisfaire un moment. Il se sentait personnellement responsable de chacun de ses patients. La perte d'une vie le bouleversait toujours au plus haut point ; il ne s'y faisait jamais, même si c'était celle d'une chauve-souris tombée dans sa cheminée et qu'il n'avait pu sauver parce qu'il était absent. Je me souviens qu'une nuit à l'urgence il dût pratiquer seul son premier accouchement ; il n'aimait pas beaucoup ce genre d'intervention, mais il était très fier d'avoir aidé à donner la vie. Le lendemain matin, même si la patiente ne relevait plus de son service, Alexander était allé la saluer et prendre des nouvelles du petit garçon.

Je me souviens avec tendresse d'une dame âgée transportée à l'urgence durant la nuit en raison d'un malaise cardiaque ; Alexander s'en était occupé et, lorsque le matin il retourna la voir pour prendre de ses nouvelles, tout allait bien. Mais Alexander remarqua que le sac de voyage posé par terre, dans lequel elle avait apporté quelques affaires, semblait pris de drôles de secousses. La dame aperçut le regard d'Alexander et l'anxiété se lut sur son visage. Alexander se pencha et sortit du sac un petit chien que sa maîtresse n'avait pas voulu laisser seul. Bien que les animaux soient interdits dans les hôpitaux, Alexander caressa le chien* et le remit dans le sac avant de sortir. Au moment de quitter l'hôpital, la dame reconnaissante vint serrer la main d'Alexander et le remercier. Souvent nous en avons parlé avec tendresse et nous aurions tant souhaité qu'Alexander puisse lui aussi amener son chien avec lui lorsqu'il était hospitalisé ; mais on ne cache pas facilement un bouledogue anglais dans un sac, quel qu'il soit.

La période la plus difficile pour lui fut sans doute celle où sa grand-mère était, durant plusieurs semaines, à la demande du petit-fils médecin, patiente en oncologie à l'hôpital d'Alexander. Chaque jour il allait passer des heures avec elle, avant ou après son travail ou durant des pauses qu'il s'octroyait, sans jamais s'accorder un seul jour de congé. Les murs de cette chambre en auront vu des larmes versées... Je me souviens de ce dimanche soir de septembre où la grand-mère quitta l'hôpital pour rentrer chez elle à la campagne ; ce fut pour la grand-mère comme pour le petit-fils un cruel déchirement. Je sentis ce soir-là qu'une fois de plus Alexander était devenu orphelin. « Ce soir, je voudrais rentrer à la pension », m'avait-il dit. Je n'ai pas eu besoin — et je n'en aurais pas eu le courage — de demander d'explication : je croyais que mon coeur allait s'arrêter de battre de douleur en pensant à la sienne. Je pouvais très bien imaginer le petit garçon qui, malgré toutes les personnes qui l'entouraient dans la grande maison, se sentait parfois si seul qu'il préférait retrouver ses camarades et la routine bien réglée de la pension. Dix mois plus tard, la même douleur déchirante me revient lorsque j'y pense.

Un jour, Alexander avait reçu un jeune homme qui n'avait pas eu de chance ; renversé par une voiture, il était passé sous les roues ; on l'avait conduit à l'urgence où il avait été pris en charge par Alexander ; le lendemain matin, ce qu'Alexander m'avait dit appréhender était arrivé : le jeune homme venait de mourir. Environ trois semaines plus tôt, en avril 2008, alors que j'apprenais à peine à le connaître, j'avais été bouleversé quand Alexander avait lui-même été renversé par une voiture en traversant la rue pour se rendre au travail. Dans son malheur, il avait eu la chance d'être projeté par-dessus la voiture plutôt que de passer sous les roues. Allongé dans la rue pendant qu'on lui prodiguait les premiers soins, Alexander s'inquiétait de son chat et de son chien, du sac à dos contenant ses trésors, traînant sur le sol, et de... moi. Ses collègues avaient eu la surprise ce matin-là de voir arriver Alexander... en ambulance. Tout le temps qu'il était allongé sur une civière, il ne pensait qu'à une chose, me disait-il : que je sois là pour lui tenir la main afin qu'il ait moins peur et se sente moins seul. Le soir venu, Alexander avait appelé sa voisine et amie pour lui demander de nourrir son chat, de s'occuper de son chien parce qu'il devait « travailler plus tard », sans lui dire qu'il avait été le matin même victime d'un sérieux accident. En dépit des côtes cassées, des contusions multiples et des nombreux points de suture, il avait voulu reprendre le travail le plus rapidement possible.

Ne t'inquiète pas Alexander, je ne raconterai pas ici toute ta vie. D'abord, Blogger risquerait de m'avertir que je manque d'espace et même si j'ai fait parfois le récit de choses très intimes à mon sujet, je n'ai pas l'ambition de raconter ici des choses trop personnelles. Parler de soi, c'est toujours parler des autres, car nous ne sommes, malgré tout, jamais seul ; que nous le voulions ou non, nous appartenons toujours à un réseau complexe de personnes aux obscurs destins que nous exposons en parlant de nous. Et parler des autres, et à plus forte raison de ceux que l'on aime, c'est encore parler de soi. Je ne commencerai donc pas à raconter ta vie ; au delà des événements qui l'ont jalonnée, il y aurait l'immense richesse d'une vie intérieure qui s'est arrêtée beaucoup trop tôt, à laquelle j'ai l'immense privilège d'avoir été associé... Je voulais simplement souligner cette date, qui n'était pour toi qu'une nouvelle étape et qui n'ajouterait rien de plus à ton dévouement pour les autres...

Alexander m'a toujours dit avec beaucoup de conviction qu'il aimait sa profession et que c'était ce qui comptait le plus dans sa vie, même si ses intérêts étaient si multiples et qu'il aurait pu consacrer tout son temps, entre autres, à la recherche historique et à l'écriture. Je pourrais comprendre cependant si la médecine lui avait laissé un goût amer : il avait choisi cette profession pour soulager des souffrances et sauver des vies et, pourtant, la médecine l'avait, lui, passablement fait souffrir sans vraiment soulager ses souffrances ni même sauver sa vie. Mais l'amertume ne fait pas partie de la palette de sentiments d'Alexander ; si on lui demandait ce qu'il choisirait si c'était à refaire, je suis convaincu que sa réponse serait la même : médecine d'urgence.

* Ce chien était d'une race précise et il portait un nom ; c'est moi qui les oublie. Lorsqu'on lui présentait un animal, la première question d'Alexander était toujours : « Quel est son nom ? » Grâce à lui, je mets en pratique cette courtoisie envers l'animal. Ainsi, j'ai fait la connaissance, dans un parc près de chez moi, d'Olive, la compagne bouledogue d'un jeune homme que je ne connais pas et, l'autre jour, en reconnaissant Olive qui passait pas très loin d'où j'étais, j'ai simplement prononcé son nom et elle s'est lancée sur moi comme si j'étais déjà un grand ami. Notre amitié s'arrêtera là, sûrement, mais j'étais heureux de ce moment d'affection entre un bouledogue et moi.

dimanche 31 mai 2009

Big Ben a 150 ans

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Le 31 mai 1859, la cloche de la Tour de l'Horloge du Palais de Westminster sonnait pour la première fois à Londres pour marquer les heures. La fameuse horloge célèbre donc aujourd'hui son cent cinquantième anniversaire.

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Chaque quart d'heure est souligné par le carillon et Big Ben, la cloche principale, sonne toutes les heures. Les Anglais pourraient difficilement se passer du son des cloches de leur horloge ; les rares fois où l'horloge a été silencieuse, nombreux sont ceux qui se sentaient dépaysés. Depuis 1924, la BBC, la radio britannique, diffuse les carillons de la célèbre Tour. Le 31 décembre dernier, à minuit, j'ai écouté en direct sur Internet, le carillon et le Big Ben annoncer la nouvelle année. Il y a plusieurs mois, j'ai installé sur mon ordinateur le carillon du Big Ben et, chaque quart d'heure, même si le son de l'ordinateur est coupé, je sais exactement l'heure qu'il est, comme si j'étais moi-même à plus de quatre-vingts mètres du sol, à côté du Parlement anglais. Si je suis au téléphone et que j'oublie de baisser le volume, mes interlocuteurs sont parfois surpris d'entendre le son des cloches aussi clairement, peut-être davantage, que s'ils étaient tout près de la Tour.


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Alexander, qui habite vraiment à l'ombre de la Tour de Westminster ou, plus précisément, la St. Stephen's Tower, sait qu'il n'est pas chez lui s'il n'entend pas le carillon. Au cours de nos conversations, nous sommes particulièrement attentifs aux douze coups de minuit que nous entendons simultanément.


Ajout : En fait, le 31 mai 1859, c'était l'inauguration de l'horloge. La cloche la plus célèbre au monde n'a sonné pour la première fois que six semaines plus tard. On peut voir et entendre ici un court reportage de la BBC, sur la fameuse horloge. Et ici, un bref entretien avec l'historien Dan Cruickshank.

mercredi 22 avril 2009

Joyeux anniversaire, Alexander

Le 22 avril, c'est aussi l'anniversaire de notre ami Alexander, l'adorable Alexander, le bouledogue anglais qui séduit vraiment tout le monde et qui obtient, lorsqu'il sort avec ses amies, qu'on leur serve le champagne.

Il aura été le premier, au cours de la nuit et de la journée, à recevoir des cadeaux qu'il sait apprécier. Pour son maître et ami, c'est lui le véritable cadeau.

Pour souligner l'événement, il aura mis l'un des beaux noeuds papillon de son maître. Et qu'importe si le noeud de soie traîne un peu dans le gâteau au fromage et à la noix de coco (son préféré) que lui a préparé la voisine et amie ! C'est la fête et ce qui compte, c'est d'être heureux.

Cette photo* ne représente pas le véritable Alexander. Mais celui-ci, quand on lui demande « Give me five », est tout heureux de faire le geste approprié, comme celui de la photo. Allez, Alexander, tope là !

* Je ne retrouve plus la source de cette image.

vendredi 10 avril 2009

Jane Birkin



Y a-t-il encore quelqu'un sur terre qui n'ait jamais entendu cette chanson ? Depuis sa sortie, en 1969, elle a fait le tour du monde de très nombreuses fois. Composée par Serge Gainsbourg, qui l'interprète ici avec elle, c'est la chanson qui a fait connaître Jane Birkin et c'est sans doute la plus connue de toutes les chansons qu'elle a interprétées. Depuis 1969, Jane Birkin a enregistré vingt disques (le plus récent, « Enfants d'hiver », est sorti en 2008) et elle a fait bien d'autres choses au cinéma, à la télévision, au théâtre…

Je voulais depuis un moment déjà parler de Jane Birkin et je suis heureux de pouvoir aujourd’hui même exprimer mon affection pour la chanteuse, pour la comédienne, pour la femme et pour la citoyenne Jane Birkin qui prend position et qui s’engage dans des luttes pour la défense des droits. Si je sais que Jane Birkin participera à une émission de télévision, j'essaie de la regarder

Je ne peux pas dire que j’aie suivi fidèlement la carrière de Jane Birkin. Je ne connais pas non plus très bien toutes ses chansons, pour la simple raison que, depuis plusieurs années, je n’ai pas écouté beaucoup de chansons, sauf celles qu’il m’arrive d’entendre lorsque je circule dans des endroits publics, puis quelques autres en vidéo sur Internet, par exemple. Celui que j’aime, lui, les connait toutes et je crois qu’il a tous ses disques.


En consultant son abondante filmographie, je m'aperçois que Jane Birkin a joué dans plusieurs films que j'ai vus il y a plusieurs années (Blow-Up, Les Chemins de Katmandou, Le Mouton enragé, L'Ami de Vincent, Le Neveu de Beethoven, La Belle Noiseuse, On connaît la chanson, ...). Mais c'est vraiment Daddy nostalgie, un film de Bertrand Tavernier de 1990, qui me revient le mieux à la mémoire. Elle y incarne le rôle d’une jeune scénariste d’origine irlandaise vivant en France, qui vient rendre visite à ses parents dans le sud de la France et qui retrouve avec plaisir son père, incarné par Dirk Bogarde, trop souvent absent dans l’enfance et la jeunesse de la jeune femme. J’aime Jane Birkin et j’ai toujours aimé aussi le comédien Dirk Bogarde qui, durant les dernières années de sa vie s’était installé en France où il était devenu écrivain.

Fille de David Birkin, commandant de la Royal Navy, et de l'actrice Judy Campbell (Gamble est son nom véritable), Jane Birkin est établie en France depuis la fin des années 1960. En digne descendante de Charles II, roi d’Angleterre et d’Écosse, décorée Officier de l'Empire britannique par la reine Élizabeth II en 2001, Jane Birkin ne renie pas ses origines ni sa culture. Sa fidèle amie Dora est un bouledogue anglais à qui le compagnon d’Alexander a eu l’occasion de prêter sa balle lorsqu’ils jouaient ensemble à Hyde Park.


Il y a quelques semaines, une amie m’avait annoncé que Jane Birkin donnerait un concert à Londres. J’ai fait une recherche rapide sur Internet et j’avais trouvé la date du concert et le nom de la salle. En pensant qu’Alexander pourrait assister à son concert, j’avais voulu lui faire une surprise en essayant d’organiser une rencontre entre la chanteuse et lui ; j’ai écrit à Jane Birkin. Le lendemain, Jane Birkin écrivait un très gentil message à Alexander et l’invitait à venir la voir dans sa loge après le concert.

Je me suis rendu compte ensuite que Jane Birkin devait donner un concert à Montréal ce vendredi 10 avril. Je m’étais promis d’y aller ; ce serait une excellente façon de souligner un anniversaire important et quelques heureuses coïncidences. Malheureusement, j’ai appris la semaine dernière que le concert de Montréal était reporté à plus tard, en juin, je crois ; je surveillerai et je m’organiserai sûrement pour y aller. En avril ou en juin, il y aura toujours à célébrer. Quand on aime, chaque jour est une fête.


Ajout : En fait, c'est le 7 août prochain que Jane Birkin donnera son prochain concert à Montréal.

dimanche 5 avril 2009

Pierre blanche - 5 avril

Franz Pforr, Saint-Georges et le dragon

S'il est une date parmi les autres qu'il convient de marquer d'une pierre blanche, c'est bien celle du 5 avril, et cela pour plusieurs raisons. La plus immédiate et la plus importante à mes yeux, c'est celle de l'anniversaire de naissance de quelqu'un que j'aime par-dessous tout et à qui j'ai offert en privé tous mes meilleurs voeux. Depuis plus de 51 semaines et quelques jours, j'attendais ce jour, en y pensant toujours, en rendant grâce pour ce cadeau du ciel.


Il est un autre anniversaire à souligner, le 5 avril ; c'est celui de la naissance d'un peintre allemand dont j'ai déjà parlé à quelques reprises dans ces pages, Franz Pforr, peintre dont j'ignorais l'existence il y a quelques années encore, que j'ai découvert en lisant l'un des romans de Dominique Fernandez, au titre évocateur et prémonitoire, L'Amour. Ce que je ne savais pas, alors, c'est que, plusieurs années plus tard, ce peintre disparu en 1812 jouerait un rôle si important dans ma vie, déterminant. Je lui en serai toujours reconnaissant et je le considèrerai toujours comme l'un de nos anges tutélaires.

Portrait de Franz Pforr, par
son ami Johann Friedrich Overbeck

lundi 25 août 2008

Anniversaire fleuri

Quoi de plus doux et tendre qu'une rose ? Un immense bouquet de roses que l'on reçoit le matin de son anniversaire ! On n'en voit ici qu'une partie.

Quoi de plus tendre qu'un immense bouquet de roses ? Le cœur de celui qui les envoie !

Absent pour cause d'anniversaire

De Moi à Moaaaa !

Je voulais écrire un long billet pour le 24 août, question de faire un bilan afin de mieux tourner la page et commencer un nouveau chapitre aujourd'hui, 25 août. J'ai cependant été occupé, pour cause d'anniversaire anticipé, et le billet est resté dans ma tête. Si la tête résiste aux festivités, je ferai peut-être ce billet un autre jour...

lundi 21 juillet 2008

21 juillet - 356

Il y a 2364 ans, à Pella, en Macédoine, naissait Alexandre, fils d'Olympias et de Philippe II, ce même Alexandre que nous connaissons maintenant sous le nom d'Alexandre le Grand.

Ces photos de famille semblent montrer, comme bien d'autres, une famille heureuse.


Selon certains auteurs, et peut-être au fond s'entendent-ils très bien sur ce point, cette famille n'était pas si unie que peuvent ne le laisser croire ces images. Philippe II avait de jeunes maîtresses et de jeunes épouses, sans compter les jeunes mignons. Olympias aimait les serpents et ceux-ci peuplaient ses appartements et son lit.

Quant à Alexandre, s'il était bien le fils d'Olympias, peut-être n'était-il pas vraiment le fils de Philippe II. Une légende entretenue par Alexandre lui-même veut qu'il ait été conçu par Zeus.


Par sa mère, il descendrait aussi de Néoptolème, fils d'Achille.


Avec un tel arbre généalogique, a-t-on besoin d'une forêt ?


Comment parler d'Alexandre sans nommer son fidèle Héphaistion, ami d'enfance et, jusqu'à la fin, compagnon de ses jours et de ses nuits. Selon certains auteurs, Héphaistion serait né le même jour et la même année qu'Alexandre ; selon d'autres, il y aurait quelques mois — voire une année —, de différence entre les deux jeunes natifs de Pella.


Depuis la lecture de La jeunesse d'Alexandre, de Roger Peyrefitte, j'ai appris à mieux connaître Héphaistion et, ces dernières semaines, Le feu du ciel, de Mary Renault, me l'a fait découvrir et aimer davantage, d'autant plus que j'ai pu bénéficier des lumières de quelqu'un qui a beaucoup étudié cette période et qui s'est intéressé, plus particulièrement, à la relation entre Alexandre et Héphaistion.

Toutes ces images ne proviennent pas, vous l'aurez deviné, de l'album de famille. Elles sont tirées du film ou de la publicité de celui-ci qu'a réalisé Oliver Stone sur Alexandre le Grand.


Quant à cette dernière, elle illustre le stylo que Montblanc a consacré au plus grand conquérant de tous les temps.

Je compte bien accompagner un jour quelqu'un qui m'est très cher et qui entend faire le pèlerinage à Pella, lieu de naissance d'Alexandre et d'Héphaistion.

Ajout du 22 juillet 2008 : À cause de son habileté à protéger les troupeaux, on a donné au personnage Pâris, de la mythologie grecque, le surnom d'Alexandre car, en grec Αλέξανδρος / Aléxandros, signifie « protecteur des hommes ».
On fête généralement la Saint-Alexandre le 22 avril. Originaire de Phrygie en Asie mineure, Saint-Alexandre de Lyon pratiquait la médecine lorsqu'il fut martyrisé en 177 en tant que chrétien.

vendredi 13 juin 2008

Pour saluer Alexandre

Depuis ma première lecture, quand j'avais dix-sept ans, du roman de Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières, le personnage d'Alexandre le Grand est pour moi le plus fascinant des personnages historiques. Et le prénom Alexandre est resté l'un des prénoms les plus beaux ; j'ai toujours dit que si j'avais un fils, il s'appellerait Alexandre. Je n'aurai sans doute jamais de fils, mais, qui sait...

Alexandre et Héphaistion

C'est, aujourd'hui 13 juin, l'anniversaire de la mort d'Alexandre le Grand et je tenais à le souligner.

J'ai entrepris récemment la lecture de la biographie que Mary Renault a consacré à Alexandre. J'avais lu, il y a plusieurs années, le deuxième volume de cette trilogie, L'enfant perse. Alexander, l'ami anglais qui commente souvent des articles de ce blogue depuis qu'il l'a découvert en avril dernier, me faisait remarquer que le premier tome de la trilogie de Mary Renault est le plus intéressant si l'on veut connaître l'enfance et l'adolescence d'Alexandre, sa conquête du cheval Bucéphale, le début de son amitié avec Héphaistion, de l'arrivée d'Aristote comme maître de philosophie, etc. J'ai donc acheté le premier et le troisième tomes et j'ai immédiatement entrepris la lecture du premier, Le feu du ciel. Je lis lentement, je prends des notes, mais c'est un livre qui se lit facilement comme un roman. Je ne suis pas pressé d'arriver au bout de ce premier tome mais, connaissant un peu les grandes lignes de la vie d'Alexandre le Grand, je me suis toujours demandé pourquoi un grand conquérant comme lui était mort sans héritier et sans avoir laissé de dispositions pour la suite. L'une des explications possibles, c'est que la mort d'Héphaistion l'ait laissé désemparé.

Espérant trouver une réponse à cette question dans le troisième volume de la trilogie de Mary Renault, j'ai feuilleté les dernières pages des Jeux funéraires, et je suis tombé, à la toute fin, sur une note de l'auteur. J'en citerai ici les trois premiers paragraphes.

Alexandre le Grand par Arno Breker (1900-1991)
inspiré de la biographie d'Alexandre par Roger Peyrefitte


« Parmi les nombreux mystères de la vie d'Alexandre, l'un des plus étranges concerne son attitude face à sa propre mort. Sa bravoure était légendaire. Dans toutes les actions, il allait systématiquement s'exposer là où le danger était le plus grand. S'il croyait être le fils d'un dieu, cette ascendance n'assurait nullement, dans la tradition grecque, l'immortalité. Il avait été à plusieurs reprises grièvement blessé, et avait failli mourir de maladie. On aurait donc été en droit d'attendre qu'un homme si vigilant aux hasards de la guerre ait pris toutes ses dispositions pour celui-ci. Et pourtant, il l'a totalement ignoré. Il n'a même pas pris la peine d'engendrer un héritier avant la dernière année de sa vie, où il a dû sentir, après la très grave blessure reçue en Inde, que sa force vitale commençait à fléchir. Ce blocage psychologique, chez un homme dont les plans immenses étaient conçus pour dépasser de loin son temps de vie, restera toujours une énigme.
Si Héphaistion lui avait survécu, il est très probable que la régence lui serait tout naturellement revenue. Ce n'était pas seulement l'ami — et probablement l'amant — dévoué : il avait fait la preuve de son intelligence et de ses capacités, et sympathisait avec toutes les idées politiques d'Alexandre. Sa mort soudaine semble avoir ébranlé toutes les certitudes de celui-ci : il est clair qu'il ne s'était pas encore remis de ce choc lorsque ses jours ont pris fin, en partie d'ailleurs sous l'impact de cet événement. Même alors, pendant son ultime maladie, il continua à travailler aux plans de sa prochaine campagne jusqu'au moment où la parole lui fit défaut. Peut-être partageait-il cette idée que Shakespeare attribue à Jules César : « Les lâches meurent bien des fois avant leur dernier jour ; le brave ne goûte à la mort qu'une seule fois. »
S'il porte une responsabilité dans la sanglante lutte pour le pouvoir qui a suivi sa mort, il ne faut pas la chercher dans son comportement en tant que chef. Il obéissait au contraire à des critères moraux élevés pour l'époque, et l'on peut soutenir qu'il a bridé chez ses principaux officiers l'absence de scrupules et la déloyauté qui ont fait surface lorsque son influence a disparu. S'il est à blâmer, c'est de ne pas avoir fait un bon mariage dynastique et engendré un héritier avant de passer en Asie. S'il avait laissé, à sa mort, un fils de treize ou quatorze ans, jamais les Macédoniens n'auraient pris un instant en considération un autre prétendant. »
Mary Renault, Les jeux funéraires.