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mardi 10 novembre 2009

10 novembre 324 av. J.-C.

Alexander aimait voyager dans le temps et les personnages du temps d'Alexandre le Grand, par exemple, avaient pour lui une réalité aussi actuelle que les pantins politiques actuels que l'on voit trop souvent dans les médias.

Si Alexander avait pu remonter le temps, il aurait très certainement voulu remonter au moins jusqu'à l'an 356 a. J.-C. Il aurait voulu renaître à Pella avec Héphaistion, fils d'Amyntas (on ne semble pas connaître la date exacte de sa naissance, certains le faisant naître exactement le même jour que son ami le plus cher, son compagnon qui fut sans doute pour lui ce que fut Achille pour Patrocle, un ami, un amant, Alexandre, fils de Philippe II, roi de Macédoine, né le 21 juillet).

Il aurait voulu accompagner Alexandre et Héphaistion lorsqu'ils déposèrent, en 334 av. J.-C., près de Troie, une gerbe de fleurs sur les tombes de deux autres amis-amants célèbres, Achille et Patrocle. Il était si fier que les cendres de ces deux amants soient réunies.

Il aurait surtout voulu être là, en 324 av. J.-C., quand Héphaistion fut pris d'une fièvre violente, qui pouvait être la typhoïde ou bien la malaria. Alexander aurait voulu être médecin à cette époque afin de sauver la vie de celui qui fut toujours son héros le plus cher, un modèle incomparable de dévouement et de fidélité. Avec ses connaissances actuelles il aurait certainement pu empêcher que la fièvre emporte Héphaistion, ce 10 novembre 324 av. J.-C. Il serait triste en ce jour anniversaire. Je le suis pour lui, doublement.

J'aurais tellement voulu, et je ne suis pas le seul, qu'Alexander puisse terminer la rédaction du livre qu'il préparait sur cette époque, sur son ami Héphaistion, surtout. Plusieurs fois, nous avons évoqué ensemble ce livre, ses recherches, sa correspondance avec des universitaires renommés afin de valider des renseignements recueillis. Je n'ai pas vu son manuscrit et nous avons aussi manqué de temps pour parler plus sérieusement de ce projet, mais Jane me disait que le manuscrit était déjà très avancé.

Il déplorait aussi que personne ne semble avoir songé à réunir les cendres d'Alexandre le Grand et de son fidèle Héphaistion.


Les cendres d'Héphaistion furent sans doute déposées dans une urne qui pouvait ressembler à celle-ci.

Maintenant qu'il est dans une dimension où le temps n'existe pas, sans début et sans fin, Alexander a très certainement retrouvé ceux qui, parmi les êtres qu'il aimait, l'ont précédé dans cette dimension. Il aura reconnu celle qui chantait à son petit ange de si douces berceuses, son père qui adorait son petit garçon, sa marraine qui l'encourageait à rester lui-même sans laisser ceux qui prétendent l'aimer essayer de le transformer ; il aura retrouvé Freddy, Tony, ... mais aussi quelques écrivains qu'il aimait tant, tout le cercle autour d'Alexandre le Grand, à qui il pourra reprocher d'avoir trop souvent fait pleurer Héphaistion et, avec celui-ci, il pourra se rassurer : il aura été à la hauteur de ses exigences en matière de dévouement, de loyauté, de fidélité, d'amour sans arrière-pensée.

lundi 2 novembre 2009

Vous souvenez-vous de nous ?

L'image vient d'ici

...
L'enfant dont la mort cruelle
Vient de vider le berceau,
Qui tomba de la mamelle
Au lit glacé du tombeau ;
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l'autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :
Vous qui voyez la lumière,
Vous souvenez-vous de nous ?

Ah! vous pleurer est le bonheur suprême,
Mânes chéris de quiconque a des pleurs !
Vous oublier c'est s'oublier soi-même :
N'êtes-vous pas un débris de nos coeurs ?

Alphonse de Lamartine


Après l'Halloween et la Toussaint vient le jour de la commémoration des défunts.

Nous n'avons pas besoin d'une journée particulière pour se souvenir de ceux que nous aimons mais en ce jour précis, il convient de penser à ceux qui nous ont quittés.

Alexander est toujours, à chaque instant, dans mes pensées, dans mon coeur, dans ma chair, dans mon âme. Où que je sois, quoi que je fasse, il m'accompagne ; mieux : il vit en moi.

Pour souligner cette journée particulière, Jane s'est rendue chez Charles, le frère d'Alexander, où une cérémonie aura lieu pour se souvenir d'Alexander, bien sûr, et de toutes les personnes aimées trop tôt disparues.

J'y serai présent de tout mon coeur, de toute mon âme. J'y serai concrètement puisque Jane a eu la très délicate attention de commander en mon nom, en même temps que les roses qu'elle commandait en son nom, un arrangement de roses roses en forme de coeur. Elle y aura ajouté un petit renard, celui qui s'est fait apprivoiser par le Petit Prince.


En rentrant chez moi, en fin de journée, je passerai aussi chez le fleuriste pour y choisir d'autres roses roses, celles qu'aimait Alexander. Elle viendront accompagner, autour des images de celui que j'aime et de quelques objets auxquels il est intimement associé, les bougies que tous les soirs j'allume parce qu'elles représentent le feu, qui symbolise la lumière, la passion, l'esprit, la connaissance, mais aussi la purification, la régénération.

mercredi 7 octobre 2009

L'Aiglon et moi

Dès les premières années de son enfance, Alexander était amoureux du duc de Reichstadt ou, plus précisément, de « Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, prince impérial de France et prince de Parme, titré roi de Rome puis Napoléon II et duc de Reichstadt », dit l'Aiglon (titre posthume). Cela n'avait rien de politique : Alexander trouvait beau ce jeune homme, mort à 21 ans. Je dois dire que je le trouvais beau aussi. Je ne retrouve plus le portrait que je connaissais de lui qui m'avait séduit, que j'avais dû trouver dans un dictionnaire ou une encyclopédie car les livres étaient très rares chez moi, contrairement à Alexander qui avait accès à la bibliothèque paternelle et qui avait du maître des lieux la permission de lire tout ce qu'il était capable de lire. Je ne retrouve plus ce portrait, mais je me souviens que, très jeune aussi, je m'étais intéressé à ce fils de Napoléon, non pas à cause de son père ou de son histoire mais à cause de la beauté du jeune homme. Je suis toutefois conscient que s'il avait été fils du boulanger ou du cordonnier, je n'aurais jamais vu son portrait et j'ignorerais même son existence.


Je ne sais pas exactement l'âge que devait avoir Alexander, je dirais entre quatre et six ans, lorsqu'il a annoncé à son frère Charles que lorsqu'il serait grand, il se marierait avec l'Aiglon. Charles n'oubliait pas son rôle de frère aîné qui devait contribuer à l'éducation du petit Alexander : « Tu ne peux pas te marier avec l'Aiglon ; c'est un garçon ! » « Et alors ? », demanda Alexander. Très tôt, Alexander savait ce qu'il aimait et ce qu'il voulait.


« Mon coeur, je ne l'ai pas donné souvent, mais quand je le donne, c'est pour toujours », m'écrivait Alexander au printemps 2008. Pas un instant je n'ai douté qu'Alexander était parfaitement sincère et j'étais persuadé déjà qu'il ne revenait jamais sur ses engagements. Une promesse, un engagement, c'était sacré. Les amoureux élus par Alexander n'ont pas été très nombreux. L'Aiglon a été le premier et j'aurai été le dernier. Avant moi, il y a eu Héphaistion, à qui il aura été fidèle jusqu'au dernier instant, comme Héphaistion le fut envers Alexandre, de l'enfance jusqu'aux dernières conquêtes de l'empereur. Il aura aimé d'autres personnes et ces personnes, je les aime aussi, mais jamais, j'en suis persuadé, il n'aura aimé quelqu'un comme il m'a aimé. Et jamais je n'aurai aimé quelqu'un comme je l'ai aimé, comme je l'aime, comme je l'aimerai toujours.


Il y a quelques mois, nous avions longuement parlé de son amour pour l'Aiglon. Il ne s'agissait pas d'un amour comme celui qu'il a toujours eu pour le Petit Prince, mais jamais il n'avait oublié ce premier amour, qui avait sa place d'honneur chez lui comme dans son coeur. Il devait m'envoyer des photos du portrait qu'il possédait chez lui mais un incident l'avait empêché de le faire au moment où il devait le faire ; il en était très malheureux car il n'était pas en mesure de respecter ce qu'il considérait comme une promesse. Il y a un certain nombre de choses qu'il n'a pas eu le temps de m'envoyer ; le seul fait qu'il y ait pensé est pour moi un grand bonheur. Ils ne sont pas très nombreux les portraits de l'Aiglon ; j'imagine qu'Alexander avait chez lui l'un de ceux que l'on peut trouver dans des musées ou dans des livres. Alexander connaissait pratiquement par coeur cette pièce d'Edmond Rostand, qu'il avait vue au théâtre plus d'une fois, notamment à Paris où sa grand-mère, sachant toujours comment lui faire plaisir, l'avait accompagné il y a quelques années. Il aimait particulièrement le poème que l'on retrouve à la fin de l'Aiglon, qu'il récitait par coeur, en mettant l'accent sur les dernières lignes, celles-là mêmes que citait Jane le 7 juillet dernier :

Dans la Crypte des Capucins, à Vienne.

_ Et maintenant il faut que Ton Altesse dorme,
-- Âme pour qui la Mort est une guérison, --
Dorme, au fond du caveau, dans la double prison
De son cercueil de bronze et de cet uniforme.

Qu'un vain paperassier cherche, gratte, et s'informe;
Même quand il a tort, le poète a raison.
Mes vers peuvent périr, mais, sur son horizon,
Wagram verra toujours monter ta blanche forme!

Dors. Ce n'est pas toujours la Légende qui ment.
Un rêve est moins trompeur, parfois, qu'un document.
Dors; tu fus ce Jeune homme et ce Fils, quoi qu'on dise.

Les cercueils sont nombreux, les caveaux sont étroits,
Et cette cave a l'air d'un débarras de rois...
Dors dans le coin, à droite, où la lumière est grise.

Dors dans cet endroit pauvre où les archiducs blonds
Sont vêtus d'un airain que le Temps vert-de-grise.
On dirait qu'un départ dont l'instant s'éternise
Encombre les couloirs de bagages oblongs.

Des touristes anglais traînent là leurs talons,
Puis ils vont voir, plus loin, ton coeur, dans une église.
Dors, tu fus ce Jeune homme et ce Fils, quoi qu'on dise.
Dors, tu fus ce martyr; du moins, nous le voulons.

... Un capucin pressé d'expédier son monde
Frappe avec une clef sur ton cercueil qui gronde,
Dit un nom, une date -- et passe, en abrégeant...

Dors! mais rêve en dormant que l'on t'a fait revivre,
Et que, laissant ton corps dans son cercueil de cuivre,
J'ai pu voler ton coeur dans son urne d'argent.



Dans quelques heures, il y aura trois mois, Alexander, que tu es reparti « sur la Lune » comme tu le disais si tendrement (je sais bien que derrière cette poésie, il y avait une angoisse car tant de personnes aimées ont fait le voyage avant toi). « Si un jour je devais partir sur la Lune, disais-tu, tu n'auras qu'à regarder le ciel, la nuit, et tu me verras en train de t'envoyer des baisers... » Je te répondais toujours que je préférais recevoir et te donner des baisers sur la Terre... Quand je serai parti à mon tour, je ne sais pas s'il restera quelqu'un pour comprendre ce que nous avons vécu, ce que, malgré ton départ, nous continuons de vivre. Si, dans quelques années, quelqu'un tombe sur ces pages, je ne sais pas ce qu'il en pensera... Comme tu me le disais souvent toi-même, « il n'y a que toi à qui je puisse dire certaines choses, que toi qui puisses me comprendre » (je sais bien, et tu le savais aussi, que d'autres personnes, des anges dans ta vie, pouvaient aussi te comprendre mais, dans certains cas, tu ne voulais pas leur faire de peine en leur racontant les tiennes). Je sais bien qu'en regardant vivre l'enfant que, grâce à toi, j'ai retrouvé en moi, « les grandes personnes » me trouveront parfois bien bizarre ; je m'en fiche : je sais maintenant où se trouve l'essentiel... Chaque nuit je regarde le ciel ; j'y cherche la Lune, « notre » Lune, et ses étoiles. Je ne les vois pas toujours, mais je sais que tu es là. Je t'aime et je t'aimerai toujours.

mardi 22 septembre 2009

J'étais si près de toi, Alexander

Dans mon chagrin rien n'est en mouvement
J'attends personne ne viendra
Ni de jour ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même
Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance ils perdent leur lumière
Ma bouche s'est séparée de ta bouche
Ma bouche s'est séparée de ton plaisir
Et du sens de l'amour et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n'avanceront plus il n'y a plus de routes
Ils ne connaîtront plus mon poids ni le repos

Il m'est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j'ai crue infinie

Et l'avenir mon seul espoir c'est mon tombeau
Pareil au tien cerné d'un monde indifférent

J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.


Paul Éluard, Oeuvres complètes, vol. II, « Bibliothèque de la Pléiade », 1968.

lundi 3 août 2009

D'un lac à l'autre

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Tout me rappelle Alexander. Et c'est normal, car Alexander a été associé à tout ce que je pense, tout ce que je fais depuis près de seize mois. Et avant même que, grâce à ce blogue, Alexander ait pu constater que nous avions en commun tant d'intérêts, tant de lectures faites chacun de notre côté, tant d'écrivains fétiches, nous avions déjà été émus par les mêmes images, les mêmes musiques, les mêmes films... Avant même que j'apprenne l'existence d'Alexander, nous avions pleuré ensemble à certains moments... J'ai vite compris que, sans le savoir, j'avais eu à un moment donné énormément de peine pour Alexander (que je ne connaissais pas encore, mais je me disais qu'il devait exister et, sans pouvoir imaginer exactement à quoi il pouvait ressembler, je m'étais fait tout de même une idée assez ressemblante), sans oser croire qu'un jour j'aurais l'occasion de lui exprimer ma douleur qui n'était, en comparaison avec la sienne, qu'une goutte dans l'océan. Je ne savais pas encore qu'à la suite de cette tragédie, Alexander adolescent avait senti le besoin de partir quelques semaines, sans en avertir sa famille ou ce qui lui en restait (il avait dit aller étudier chez un copain), pour aller seul faire du camping sauvage, en plein mois de novembre, sur les bords du Loch Ness. Sachant cela, il n'est donc pas étonnant qu'Alexander ait pu parler avec familiarité de Nessie, le gentil monstre du lac écossais.


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Une visite au Loch Ness, ainsi que la tournée des châteaux hantés d'Écosse, faisait évidemment partie des très nombreux projets que nous faisions, projets désormais orphelins. Si je fais un jour cette tournée, ce que j'espère bien, il me manquera les commentaires si fins, si pertinents, de celui dont la sensibilité, la clairvoyance et la culture m'impressionnent toujours.

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Hier, allant faire ma promenade au mont Royal, je pensais aux dernières volontés d'Alexander au sujet de son écorce terrestre. Si quelques-unes de ses volontés ont jusqu'ici été respectées, il en reste une à exécuter, très importante : celle de répandre ses cendres près du « Round Pond », dans les Jardins de Kensington. Charles, le grand frère d'Alexander (pas si grand que ça : il n'a pas encore trente ans) ne semble pas encore prêt à se séparer des cendres du petit frère adoré ; quand il le sera, il devra aussi être très fort pour résister au clan familial qui insiste pour que les cendres soient déposées dans le caveau familial. Je considère que les dernières volontés sont sacrées et que les héritiers, en particulier l'exécuteur testamentaire, doivent les exécuter. Nous serons quelques-uns à appuyer Charles contre la volonté tyrannique du clan... Il me plaît davantage de penser qu'Alexander appréciera éternellement le grand air, la beauté et la vie des Jardins de Kensington plutôt que d'être éternellement enfermé dans un sombre caveau. Je pourrai un jour aller m'entretenir avec lui près de l'étang rond, ce que je ne pourrais sans doute jamais faire au caveau familial... Je pensais à cela, en remontant l'avenue du Parc et, en me souvenant du regret d'Alexander que les cendres d'Alexandre le Grand et celles de son fidèle Héphaistion n'aient pas été réunies comme le furent celles d'un autre couple célèbre, Achille et Patrocle, je me disais que je devrais dès maintenant, même si j'espère vivre encore un peu, assez pour réaliser quelques projets pour Alexander, rédiger un testament officiel, notarié, spécifiant que je voudrais que mes cendres soient aussi répandues dans les jardins de Kensington...




Je pensais à tout cela lorsque j'ai vu venir vers moi une voiture comme celle-ci : un authentique taxi londonien. Alexander adorait ces taxis, les vrais classiques anciens et, bien entendu, noirs, et non pas multicolores ou transformés en panneaux publicitaires. Le plus possible, Alexander se déplaçait dans Londres à pied ou en métro (il aimait vraiment son Tube) ; mais lorsqu'il devait prendre lui-même une voiture, il prenait toujours un bon vieux taxi noir, confortable, avec de la place pour son fidèle ami... En voyant cette voiture se diriger vers moi, je me suis dit qu'il s'agissait encore d'un signe que me faisait Alexander. J'aurais tellement aimé que la voiture s'arrête à ma hauteur et qu'Alexander me fasse signe d'y monter...


Photo : Alexander

Je lisais ce matin quelques pages du journal en ligne d'une lectrice de ce blogue. Elle y parlait de son chat, vieux compagnon de quinze ans, qu'elle avait dû amener chez le vétérinaire et qu'elle en était revenue avec son panier vide... Je n'ai pu m'empêcher de penser douloureusement à Harry, l'adorable félin qui durant treize ans a tenu compagnie à Alexander. Le pauvre Harry souffrait d'un cancer et, le trois janvier dernier, alors qu'Alexander, Harry et Alexander se trouvaient à la campagne, chez la grand-mère où ils avaient passé la période des fêtes de Noël et du Nouvel an, Alexander avait dû lui-même (il avait promis à Harry qu'il serait là le temps venu et il a tenu sa promesse) lui administrer trois injections avant de s'effondrer lui-même de douleur et de chagrin. Il y a exactement sept mois aujourd'hui que Harry repose au jardin où l'avait recueilli la grand-mère d'Alexander. Celui-ci était si fier de m'envoyer, l'été dernier cette photo qu'il a prise dans les rues de Londres, car il y voyait un hommage à « son » Harry, de son vrai nom Harry Potter mais, comme pour les membres de la famille royale, le prénom suffisait ; on ajoutait Potter s'il fallait préciser.



Le 3 août 1954, disparaissait Colette, écrivain français, qu'Alexander aimait beaucoup, sans doute sous l'influence de sa grand-mère qui lui ressemble pas seulement par l'apparence physique, disait Alexander. Il m'en parlait avec tant d'amour, de vénération, que je ne peux penser à Alexander sans penser à sa grand-mère, que j'aime comme si elle était la mienne. Cet amour entre Alexander et sa grand-mère était bien partagé ; en apprenant le départ d'Alexander, sa grand-mère a dû être hospitalisée. Elle ne s'en remet pas, considérant que ce n'était pas le tour d'Alexander, et elle n'a qu'une idée en tête, celle d'aller le rejoindre.


samedi 11 juillet 2009

Un amour princier

« Tu n'es pas l'enfant des prières et des larmes, mais l'enfant de mon amour, de mes espoirs, de ma certitude. Tu n'es pas mort, tu n'as passé qu'un instant sur l'autre rive. Tu n'es pas un dieu, tu es le garçon que je suis, tu respires en moi, mon sang est le tien. Ce que j'ai, vraiment tu le possèdes. Ainsi que nous l'avions souhaité, nous serons désormais toujours ensemble, et c'est à moi de redire: « Que c'est beau: toujours !»

Ces derniers jours, ces dernières heures, j'ai souvent pensé à ces mots, ces phrases, les dernières lignes d'un roman qui a été déterminant pour moi à l'adolescence, comme il l'a été pour Alexander dans la sienne ; il s'agit, j'en ai parlé plusieurs fois déjà, du roman de Roger Peyrefitte, Les Amitiés particulières. Ce roman magnifique — certains diront que Roger Peyrefitte aurait dû s'en tenir à lui, mais il aurait été dommage de nous priver de La Mort d'une mère —, que j'ai lu durant les dernières années de mon adolescence, n'a pas seulement mis des mots sur ce que je vivais alors, il m'a permis aussi de découvrir la littérature, l'art, la culture de manière générale et, j'ose l'affirmer, il m'a proposé un art de vivre, un idéal. Un certain nombre d'années plus tard, Alexander a lu le même roman, avec le même émerveillement. Dans son cas, le livre ne lui ouvrait pas les portes de la culture puisqu'il est né dedans, mais il constituait tout de même une révélation, il lui proposait aussi un idéal. Je ne me souviens plus, si je l'ai su, quel âge avait Alexander exactement lorsqu'il a lu ce livre pour la première fois, le premier livre qu'il lisait en français, mais ce qui est certain c'est que depuis cette lecture, et sans négliger d’autres aspects de la vie, Alexander a lu énormément de livres puisqu'il lisait partout, dès qu'il avait une minute de libre, Alexander a adopté la loi de l'alternance : un livre en anglais, un livre en français.


Ces mots du roman de Roger Peyrefitte, ce sont ceux qu'adresse Georges, l'un des deux principaux personnages, au garçon qu'il aimait, Alexandre, qui s'est suicidé parce que les prêtres chargés de son éducation s'acharnaient à briser l'amour entre Georges et lui. Georges prononce ces mots au retour du service religieux (on a fait passer pour un accident le suicide du garçon ; il pouvait donc avoir accès aux sacrements). J'ai pensé à ces mots car ils étaient assez proches de ceux que, depuis quelques jours, j'adresse moi-même à un autre Alexander, le mien (qui, lui, ne s'est pas suicidé ; et, oui, Alexander est son prénom véritable — il en a bien d'autres, mais celui-ci est son prénom). Je sais que, dans la situation inverse, Alexander aurait pensé exactement aux mêmes mots, à cette citation tirée des Amitiés particulières. Nous évoquions souvent ce roman et, ces derniers jours encore, il m'avait dit qu'il voudrait discuter avec moi de certains aspects du roman ; comme pour tant d’autres projets restés orphelins, le temps a manqué. Je sais que le personnage de Georges l'agaçait un peu, cependant, avec son obsession de se prévaloir de son titre de « futur marquis » ; Alexander n'avait pas besoin d'un titre pour « vivre » vraiment, pleinement.

Le mot « enfant » revient deux fois dans ce court extrait. Alexander n'était plus un enfant, et moi non plus, mais il a conservé de l'enfance la capacité d'émerveillement devant tout, un insecte, un brin d'herbe, etc., ainsi qu'une infinie tendresse pour tout ce qui vit. D'ailleurs, 27, 72, 2, 7, Alexander n'accordait aucune importance à ces chiffres qui n’avaient pour lui aucun sens. Sur les papiers officiels, Alexander a 27 ans ; c'est ce que l'on publiera dans les journaux, c'est ce que, contrairement à sa volonté, on inscrira dans le marbre... Mais le véritable Alexander, celui que très peu d'entre nous avons le privilège de connaître, n'a pas d'âge. Il a quatre ans par moments, 7 ou 8 à d'autres, pour bien des gens dans la rue, il a 16 ans, pour ses amis, il a la sagesse des centenaires, pour son amoureux, il a tous les âges. Médecin sérieux et respecté, il savait être adulte responsable lorsqu'il le fallait ; en dehors du travail, il était l'enfant, l'adolescent, capable de s'amuser longuement avec rien, de passer des heures au musée ou dans les bibliothèques à poursuivre des recherches, à écrire son essai, ou d'organiser des jeux avec sa précieuse voisine et amie qui, à la retraite depuis plusieurs années, avait beaucoup de temps à consacrer à Alexander. L'âge n'avait donc pas d'importance, si ce n'était que les gens nés dans les mêmes années que lui ne présentaient pour lui pas beaucoup d'intérêt, sauf son cousin préféré avec qui il avait tissé, non pas une amitié particulière mais une solide affection renforcée par une tragédie qui les avait tous deux touchés au moment de leur adolescence.


L'enfant en lui ressemblait beaucoup au Petit Prince, sauf qu'il était moins impatient. Si nous faisions souvent allusion à des passages du livre de Saint-Exupéry, il m'arrivait rarement, en m'adressant à lui, de le désigner moi-même comme « mon » Petit Prince. Jusqu’à l’âge de quatre ans, avant de partir elle-même sur son étoile, en alternance avec « mon petit ange », sa mère l'appelait ainsi et quelques personnes de son entourage, celles qui l'aimaient le plus, ont continué de l'appeler ainsi et, dans ma correspondance avec une amie très proche d'Alexander, qui a pris la relève de sa mère en quelque sorte, je reprends parfois ce nom qui lui convient si bien à plus d'un titre. Je ne donnerai qu'un exemple de l'attention que ce garçon accordait aux choses, les plus simples comme les plus sérieuses, à tout ce qu'il touchait, tout ce qu'il faisait, tout ce à quoi il pensait.

Dès les premières conversations que nous avons eues sur MSN, et nous n'utilisions ni le micro ni la caméra, Alexander me disait que, pour venir me parler à l'heure convenue, il s'habillait tout spécialement pour moi. Je ne pouvais pas le voir et pourtant, il avait cette politesse exquise de soigner sa tenue vestimentaire, de choisir parmi ses vêtements ceux qui étaient davantage susceptibles de me plaire, et de se parfumer de cette eau de toilette que je retrouve encore dans des objets qui viennent de lui. Je ne le voyais pas à l'écran mais l'idée qu'il se faisait de notre conversation exigeait à ses yeux cette élégance morale et vestimentaire. Pour moi, c'était un signe supplémentaire de la qualité de ce garçon. Bien sûr, il a reçu une excellente éducation qui lui permettait d’être impeccable même dans les occasions les plus officielles, les plus protocolaires. Mais chacune de ses attentions provenait d’un élan spontané du cœur.


« Vous êtes celui qu’il cherchait depuis longtemps, celui qu’il attendait. Vous seul avez su le rendre heureux et embellir (malgré tout) la dernière année de son existence terrestre », m’écrivait celle qui, avec son frère, lui aura tenu la main jusqu’au dernier souffle. Je ne le cherchais pas, je ne l’attendais pas, car jamais je n’aurais osé imaginer qu’un garçon aussi extraordinaire pouvait exister. Jamais je n’aurais espéré qu’un tel garçon, dont le nom à lui seul pouvait ouvrir bien des portes, viendrait un jour frapper à la mienne en me demandant un peu d’attention et de tendresse et en m’offrant l’amour le plus total et le plus désintéressé. Il est impossible de douter un seul instant de son amour quand on sait que ses derniers mots ont été : « Je demanderai à *Al.cib. »


Si l’on voulait représenter par des livres les trois grandes étapes de sa vie, il faudrait choisir les trois livres les plus importants de sa jeune vie, trois titres essentiels à son cœur : Le Petit Prince pour l’enfance, Les Amitiés particulières pour l’adolescence et, pour sa vie de jeune adulte, Le feu du ciel, premier tome de la biographie d’Alexandre le Grand par Mary Renault. Il possédait quelques exemplaires de cette biographie en trois volumes. Il traînait surtout avec lui, partout où il allait, un exemplaire de poche de cette biographie lue trois mille fois plutôt qu’une ; il la connaissait par cœur… Depuis des années, il faisait des recherches sur le temps d’Alexandre le Grand, il était en correspondance avec des universitaires spécialistes de cette période afin de publier un jour son livre sur un aspect précis, jusqu’ici assez négligé par les biographes. Voilà un autre projet qui, comme son roman non publié, restera orphelin…


Alexander faisait ce matin sa dernière sortie, il participait à ses dernières activités terrestres. Mais je n’y étais pas, physiquement ; c'est extrêmement douloureux de voir partir celui que l'on aime et de ne pas être sur le quai pour lui dire un dernier au-revoir. J'ai toutefois la consolation d'y être dignement représenté par des amies très chères. Cette cérémonie des adieux ne l’intéresse pas lui-même, en ce moment ; il s’en serait très bien passé, préférant se dissiper dans le ciel comme la fumée d’un encens aimé. Pourtant, si familier lui-même de ces rituels de séparation, il sait leur importance pour ceux qui restent sur le quai… C’est déchirant de penser qu’il ne lui arrivera plus jamais rien sur cette Terre, qu’il ne sera plus jamais concrètement associé à quoi que ce soit que je puisse faire. Il n’en sera pas absent pour autant. Pour son dernier voyage, il aura emporté un peu de lecture : Le feu du ciel – Fire from Heaven –, bien entendu, puisqu’il ne le quittait jamais et, pour mieux penser à moi, son exemplaire en français du Petit Prince.

« Tu n'es pas l'enfant des prières et des larmes, mais l'enfant de mon amour, de mes espoirs, de ma certitude. Tu n'es pas mort, tu n'as passé qu'un instant sur l'autre rive. […] …et c'est à moi de redire : « Que c'est beau : toujours ! »

J'essaierai de conserver envers lui la même fidélité qu'il m'offrait, que nous avons assumée de part et d'autre, la seule qui lui était concevable, la fidélité indéfectible d'Héphaistion pour son Alexandre (qui ne fut pas toujours grand). Si un jour vous constatiez que ma route semblait dévier, je vous en prie, rappelez-le-moi.

Je l’entends me dire : « Ne sois pas triste ! Ne pense pas au fait que je ne sois plus là. Pense plutôt à tout ce que nous avons vécu ensemble. Je serai toujours près de toi. Ne l'oublie jamais. »

Tant que je vivrai il vivra en moi et tout ce que je ferai, je le ferai autant pour lui que pour moi.


lundi 18 mai 2009

Continuité et fidélité


L’article qui précède est le 700e publié ici. Je voulais le mentionner à la fin de l’article et, au moment de le mettre en ligne, j’ai oublié. 700 articles depuis octobre 2006, ce n’est pas beaucoup ; ce n’est donc pas pour tenter de vous impressionner que je souligne. Si j’avais publié un article par jour comme j’en avais l’intention au départ, j’aurais pu souligner il y a un moment déjà non pas le sept centième mais bien le neuf centième billet publié. Pour diverses raisons que vous devez comprendre sans que j’aie besoin de les énumérer, je n’ai pas écrit un article tous les jours. J’en ai commencé un très grand nombre que, pour toutes sortes de raisons aussi, je n’ai pas publiés, mais des brouillons, des ébauches, ça n’a d’importance, s’il y a lieu, que pour leur auteur ; un de mes professeurs d’université avait écrit un jour ce commentaire dans la marge d’un travail que je lui avais remis : « Que m’importe de savoir que vous avez des idées que vous ne partagerez pas avec moi, que vous avez écrit des textes que je ne lirai pas ? »

Sept cents, c’est tout de même un beau chiffre – j’ai toujours aimé le chiffre sept – qui mérite d’être mentionné. Il indique une certaine persévérance de ma part dans un projet amorcé. Je voudrais parfois qu’il y ait entre les articles publiés une plus grande cohésion, que ces articles aient un lien, un fil conducteur, peu importe lequel. Ce fil conducteur, si on veut en trouver un, c’est sans doute mon humeur du jour, mon besoin de confidence ou la simple envie de partager une information ou une indignation.

André Gide, Julien Green, et c’est vrai de très nombreux diaristes, ont souvent écrit que leur journal ne reflète pas exactement leur réalité car, la plupart du temps, il n’exprime pas les moments de bonheur. Certaines personnes n’écrivent que lorsque ça va mal ; d’autres, au contraire, ont besoin d’aller bien pour écrire. Chez certains, le silence est éloquent, parfois inquiétant. En ce qui concerne ce blogue, je n’aime pas trop les longs silences, car si ce blogue n’est pas un journal, et qu’il ne prétend pas refléter ma réalité, un silence de plusieurs jours indique que je suis trop occupé ailleurs, à vivre ou à travailler, ou préoccupé d’une façon ou d’une autre ; il peut indiquer aussi que j’ai du mal à exprimer ce qui se passe, que les idées ne sont pas forcément absentes mais parfois trop nombreuses, qu’elles veulent toutes s’exprimer en même temps ; en se dirigeant toutes ensemble vers la sortie elles en bloquent le passage et plus rien ne s’exprime…

Sept cents articles publiés, c’est aussi l’expression de la fidélité des lecteurs, que ceux-ci laissent ou non des traces de leur passage. Je sais que certains ont suivi ce blogue dès le début ; d’autres ont pris le train en marche et continuent de faire la route avec moi. Certains, moins nombreux, ont pris le train en marche et ont voulu remonter à la source, lire tous les articles et tous les commentaires ; je pense en particulier à l’un d’eux, infiniment cher à mon cœur : il se reconnaîtra. Je dois dire aussi que, très souvent, j’ai pris la plume pour écrire, au clair de la lune, à cet être plus cher que tout.

Ce n’est pas une raison pour négliger ce blogue car, comme me l’écrit cet amour, « il est triste de voir des lieux ou des choses qui ne sont plus assez aimés de ceux qui devraient en prendre soin ; les objets sentent cet abandon et alors ils se couvrent de poussière pour qu’on ne les voit pas pleurer. »

Un autre lecteur, ami fidèle et sage, m’envoie ce matin cette citation qui est plus généreuse que ce nous a toujours inculqué notre éducation judéo-chrétienne, qu’il faut souffrir pour payer nos moments de bonheur ; elle est du dalaï-lama, à qui je ferais davantage confiance qu’au chef de l’Église catholique pour assurer mon bonheur terrestre et céleste :

« ... L'autre ne va pas sans "moi", et selon le point de vue conventionnel, ce moi est indéniable. Nous en avons une authentique sensation, ancrée au plus profond de nous, qui se traduit par : "Je veux ceci", "Je ne veux pas cela". Ce sentiment d'être soi se manifeste très naturellement à nous et s'accompagne tout aussi spontanément d'un désir de bonheur et d'une répulsion pour la souffrance ; ce qui est non seulement naturel mais juste. Nous désirons être heureux, nous ne voulons pas souffrir : c'est parfaitement légitime. Nous n'avons même pas à nous en justifier. À ce titre, nous avons droit au bonheur et à ne pas souffrir. »
Dalaï-lama, Cent éléphants sur un brin d’herbe, traduction française par Lise Médini, collection « Point », Éditions du Seuil.

jeudi 23 avril 2009

Les livres

L'image vient d'ici.

Ce 23 avril, c'était aussi la Journée internationale du livre et du droit d'auteur. Normalement, chaque année, dans les librairies par exemple, on organise des activités autour du livre. Je n'ai pas su ce que l'on organisait dans les librairies de Montréal, mais je sais, grâce à mon ami Poeri, que dans une librairie d'Aix-en-Provence on donnait des roses à ceux qui achetaient des livres.

Les livres ont tenu une telle place dans ma vie que je leur dois de souligner cette fête aujourd'hui. Par hasard, je suis tombé sur un article qui disait qu'au Japon le livre électronique est très répandu, que les Japonais n'hésitent pas à télécommander des livres qu'ils peuvent lire sur leur téléphone portable, par exemple, que ce soit dans les transports en communs, à l'heure des repas, etc. Et, apparemment, le livre électronique ne nuit pas à la vente du livre sur papier, car les Japonais n'hésitent pas à acheter sur papier les livres qu'ils ont découverts en format électronique.


Je ne ferai pas ici une longue histoire au sujet de ma relation avec les livres. Je dirai seulement qu'ils ont été, à partir d'un certain âge, mes amis les plus sûrs. J'avais lu quelques livres auparavant, mais le livre qui, tout en mettant des mots sur ce que je vivais alors, a transformé ma vie en me révélant tout un univers que j'ai eu envie de découvrir, c'est, je l'ai dit déjà, Les amitiés particulières.

Alexander, qui a aussi lu et aimé ce roman, me faisait remarquer que c'était, hier et aujourd'hui la fête des deux personnages principaux, Georges et Alexandre. Et puisque le héros principal, Georges de Sarre, fut toute sa vie fidèle à Alexandre, son amour d'adolescence, c'est une bonne coïncidence que le 24 avril soit la Saint-Fidèle. Et, pour ne pas s'arrêter là, j'ajouterai que le calendrier permet de m'associer à Alexandre, en passant par Georges et Fidèle, puisque c'est, le 25 avril, la Saint-Marc, ma fête.

vendredi 10 avril 2009

Jane Birkin



Y a-t-il encore quelqu'un sur terre qui n'ait jamais entendu cette chanson ? Depuis sa sortie, en 1969, elle a fait le tour du monde de très nombreuses fois. Composée par Serge Gainsbourg, qui l'interprète ici avec elle, c'est la chanson qui a fait connaître Jane Birkin et c'est sans doute la plus connue de toutes les chansons qu'elle a interprétées. Depuis 1969, Jane Birkin a enregistré vingt disques (le plus récent, « Enfants d'hiver », est sorti en 2008) et elle a fait bien d'autres choses au cinéma, à la télévision, au théâtre…

Je voulais depuis un moment déjà parler de Jane Birkin et je suis heureux de pouvoir aujourd’hui même exprimer mon affection pour la chanteuse, pour la comédienne, pour la femme et pour la citoyenne Jane Birkin qui prend position et qui s’engage dans des luttes pour la défense des droits. Si je sais que Jane Birkin participera à une émission de télévision, j'essaie de la regarder

Je ne peux pas dire que j’aie suivi fidèlement la carrière de Jane Birkin. Je ne connais pas non plus très bien toutes ses chansons, pour la simple raison que, depuis plusieurs années, je n’ai pas écouté beaucoup de chansons, sauf celles qu’il m’arrive d’entendre lorsque je circule dans des endroits publics, puis quelques autres en vidéo sur Internet, par exemple. Celui que j’aime, lui, les connait toutes et je crois qu’il a tous ses disques.


En consultant son abondante filmographie, je m'aperçois que Jane Birkin a joué dans plusieurs films que j'ai vus il y a plusieurs années (Blow-Up, Les Chemins de Katmandou, Le Mouton enragé, L'Ami de Vincent, Le Neveu de Beethoven, La Belle Noiseuse, On connaît la chanson, ...). Mais c'est vraiment Daddy nostalgie, un film de Bertrand Tavernier de 1990, qui me revient le mieux à la mémoire. Elle y incarne le rôle d’une jeune scénariste d’origine irlandaise vivant en France, qui vient rendre visite à ses parents dans le sud de la France et qui retrouve avec plaisir son père, incarné par Dirk Bogarde, trop souvent absent dans l’enfance et la jeunesse de la jeune femme. J’aime Jane Birkin et j’ai toujours aimé aussi le comédien Dirk Bogarde qui, durant les dernières années de sa vie s’était installé en France où il était devenu écrivain.

Fille de David Birkin, commandant de la Royal Navy, et de l'actrice Judy Campbell (Gamble est son nom véritable), Jane Birkin est établie en France depuis la fin des années 1960. En digne descendante de Charles II, roi d’Angleterre et d’Écosse, décorée Officier de l'Empire britannique par la reine Élizabeth II en 2001, Jane Birkin ne renie pas ses origines ni sa culture. Sa fidèle amie Dora est un bouledogue anglais à qui le compagnon d’Alexander a eu l’occasion de prêter sa balle lorsqu’ils jouaient ensemble à Hyde Park.


Il y a quelques semaines, une amie m’avait annoncé que Jane Birkin donnerait un concert à Londres. J’ai fait une recherche rapide sur Internet et j’avais trouvé la date du concert et le nom de la salle. En pensant qu’Alexander pourrait assister à son concert, j’avais voulu lui faire une surprise en essayant d’organiser une rencontre entre la chanteuse et lui ; j’ai écrit à Jane Birkin. Le lendemain, Jane Birkin écrivait un très gentil message à Alexander et l’invitait à venir la voir dans sa loge après le concert.

Je me suis rendu compte ensuite que Jane Birkin devait donner un concert à Montréal ce vendredi 10 avril. Je m’étais promis d’y aller ; ce serait une excellente façon de souligner un anniversaire important et quelques heureuses coïncidences. Malheureusement, j’ai appris la semaine dernière que le concert de Montréal était reporté à plus tard, en juin, je crois ; je surveillerai et je m’organiserai sûrement pour y aller. En avril ou en juin, il y aura toujours à célébrer. Quand on aime, chaque jour est une fête.


Ajout : En fait, c'est le 7 août prochain que Jane Birkin donnera son prochain concert à Montréal.

samedi 4 avril 2009

Amour et fidélité

« Ni vous sans moi, ni moi sans vous »,
Marie de France, le Lai du Chèvrefeuille, XIIe siècle.

Il y a différentes manières de vivre l'amour et diverses façons d'assumer l'engagement envers l'être que l'on aime. « Ni toi sans moi, ni moi sans toi », ça me convient parfaitement comme devise, adaptée de la citation de Marie de France,

On dit que l'on est amoureux lorsque l'« on pense constamment à une personne, quand cette personne nous manque et qu'elle est notre référence dans les gestes et les actes que l'on accomplit chaque jour.» Il y a de très nombreuses autres définitions de l'amour et de l'engagement, et de plus nobles ; toutefois, cette définition toute objective, basée sur l'observation, reste très vraie et quiconque m'observe un peu s'aperçoit vite que toute mon attitude, tous mes gestes, mon comportement confirment que cette définition s'applique tout à fait à moi. La richesse des pensées, la force de l'émotion, l'intensité des sentiments, la sincérité et la profondeur de l'engagement, la dignité de la référence se mesureront à l'aune des valeurs, des croyances et des qualités de chaque personne en cause. Et quand les mêmes valeurs et les mêmes croyances sont partagées, quand les qualités sont reconnues et admirées, c'est merveilleux.

Dans de telles conditions, l'amour partagé est un engagement de tout l'être et la question de la fidélité ne se pose même pas ; elle est implicite. Un animateur de la télévision française, plutôt sur le déclin en ce moment, avait l'habitude, dans son émission hebdomadaire dont il souhaitait que tout le monde parle, de poser aux invitées qui lui plaisaient la question suivante : « Est-ce que [ici, il nommait un verbe décrivant une pratique sexuelle précise] c'est tricher ? » Bien sûr la question avait surtout comme objectif de créer un malaise et de forcer l'invitée en question à se prononcer sur la notion de fidélité qui, bien entendu, aux yeux de l'animateur n'était pas une vertu essentielle, ni même souhaitable. Cette question, bien des gens qui se disent amoureux ou qui sont en couple se la posent plus ou moins ouvertement, se demandant jusqu'où ils peuvent aller dans leurs pensées, dans leurs fantasmes, dans leurs gestes, sans qu'on puisse parler d'infidélité. S'ils se posent la question c'est qu'ils ne sont pas en paix avec leur conscience, que leur comportement n'est pas en harmonie avec leur propre définition de la fidélité. On ne peut pas juger les autres car ils n'ont pas forcément les mêmes valeurs que soi ; chacun ne peut être « jugé » qu'en fonction de ses propres croyances. Certains s'en tirent très bien (pensent-ils) en ne croyant en rien, en ne respectant rien. D'autres ont de la fidélité une définition aussi élastique que le caoutchouc qui enrobe leur « amour » ; tant que le caoutchouc résiste, il n’y a pas de mal ! Autrement dit : ce que l’autre ne sait pas ne lui fait pas mal. Comme si sa conscience pouvait sans risque jouer à cache-cache. Que ce soit en affaires ou dans d’autres types de relation, quelle confiance pourrais-je avoir en l’intégrité de ces personnes ?

Mes amis français me pardonneront cette devinette car ils savent bien que tous les Français ne se ressemblent pas, mais elle me semble correspondre assez bien à l'image que l'on peut se faire par la littérature, le théâtre, le cinéma (et si je ne l'applique pas aux Québécois, c'est peut-être seulement parce que je n'ai pas vu assez de films québécois) ; mais je connais aussi de nombreux Français qui ne correspondent pas du tout à cette caricature. On demande donc à quelqu'un ce qui distingue un Nord-américain, un Anglais et un Français après l'amour. La réponse : un Nord-américain allume une cigarette, c'est bien connu ; un Anglais boit une tasse de thé, c'est évident aussi ; alors que le Français (du moins selon le cinéma) s'habille et... rentre chez lui.

Comme je ne fume pas, je suis plutôt porté à boire aussi une tasse de thé. Je ne condamne pas la façon dont chacun assume sa notion de fidélité. Pour moi, l'engagement est total et la fidélité est sans faille. Puisque je suis amoureux de quelqu'un de merveilleux, que je respecte, que j'admire, qui me fascine et que je vénère, il ne me viendrait jamais à l'esprit de penser à quelqu'un d'autre de manière ambigüe et trouble. Mon cœur, mon esprit, mon corps sont engagés dans une aventure merveilleuse, celle d'un amour partagé et fondé sur les mêmes valeurs non négociables.

Cet engagement absolu ne m'empêche absolument pas de vivre chaque jour ce qui compose une vie et de rencontrer des gens, quels qu'ils soient, sans arrière-pensée. Les quelques amis qui me connaissent bien ont vu la transformation positive qui s'est opérée en moi depuis que mon cœur s'est engagé. Il y a dans ma vie, me disent-ils, une plus grande constance et une plus grande sensibilité aux autres ; ils y voient une direction plus claire et une plus grande détermination à y tendre, à marcher vers une destination mieux définie, sans oublier que ce n'est pas tellement la destination elle-même qui compte le plus mais la qualité du voyage. Et ce voyage, je le fais en compagnie de celui que j'aime, avec la même foi, la même ardeur, le même amour et la même confiance qu'éprouvent les pèlerins sur le chemin de Compostelle, les vacanciers engagés dans une excursion longuement désirée, comme un helléniste sur le chemin de la lumière et de la connaissance... Sans m'enlever de la disponibilité, mon engagement amoureux profite donc aussi aux personnes que j'aime car la qualité de la relation que j'entretiens avec eux s'en trouve aussi améliorée. Cela est possible parce les liens qui nous unissent, mes amis et moi, sont clairs et sans ambigüité. Il suffirait que l'un d'eux ait des attentes, des visées qui débordent du cadre de l'amitié pour que ces relations manquent de transparence et, dès lors, puisque mon cœur est pris, que mes pensées suivent et que mon corps ne fera rien que ma conscience condamne (pour moi ; les autres font ce qu'ils veulent), pour que cette relation devienne impossible à moins que l'autre renonce à ses attentes envers moi.

« Avoir beaucoup d'amis, c'est n'avoir point d'amis. »
Aristote.


Héphaistion, bronze, musée du Prado

Alexandre le Grand, qui fut élève d'Aristote, a peut-être médité cette phrase de son grand maître mais son désir de conquête et de gloire l'a trop souvent détourné de son application dans sa propre vie. Alexandre, fils « de Zeus » et de Philippe de Macédoine, devait accomplir son destin et devenir Alexandre le Grand, négligeant pour cela, alors que ce n'était pas forcément incompatible avec sa mission, l'amour sincère et indéfectible de celui qui n'aimait que lui. Il fut très entouré mais il n'eut qu'un seul véritable ami, son fidèle Héphaistion, à qui il pouvait dire : « Je n'ai confiance qu'en toi dans ce monde. » Et pas une seconde de sa vie Héphaistion ne fut infidèle à son ami, à son véritable amour, son Alexandre. Je ne suis pas Alexandre le Grand et mon désir de conquête se limite à des conquêtes intellectuelles ; je n'aurai donc ni difficulté ni mérite à rester digne de l'amour et de la fidélité de mon Héphaistion.

Mes amis sont ceux qui se réjouissent avec moi de ce qui me rend heureux et s'attristent avec moi du contraire. Ils sont ceux qui veulent avec moi que je sois heureux et que je m'épanouisse dans la relation amoureuse que j'ai choisi de vivre pleinement, avec l'être que j'ai élu et avec qui je me suis engagé dans cette merveilleuse aventure de l'amour et de la vie. Quiconque essaierait de me détourner, de quelque façon que ce soit, de mon engagement, de ma fidélité envers celui que j'aime, ne serait déjà plus mon ami. Je n'ai pas eu à faire de choix déchirants mais je n'hésiterais pas une seconde à le faire s'il le fallait. Qu'il en soit ainsi !

samedi 17 janvier 2009

Aimer, c'est partager...

« L'amour n'est pas seulement un miracle, né d'une rencontre. Il est jour après jour ce que l'on veut qu'il soit. Il commence lorsqu'on préfère l'autre à soi-même, lorsqu'on l'accepte tel qu'il est et qu'on l'aime dans sa totalité. Aimer, c'est partager des mots, des regards, des espoirs et des craintes, c'est vouloir que l'autre s'épanouisse, vive d'abord fidèle à lui-même. L'amour n'est pas un acquis ; il se construit chaque jour pour permettre le bonheur de l'autre, le bonheur des autres. » Martin Gray

Martin Gray n'a rien inventé dans cette définition de l'amour. Je pourrais en proposer une autre ; pour l'instant, celle-ci me convient.

dimanche 4 janvier 2009

Pour saluer Harry (Potter)

Croyez-le ou non, il y a un mois encore, je n'avais jamais vu un seul des films de la série « Harry Potter », sauf des extraits à la télévision. Or, après en avoir parlé récemment avec quelqu'un que j'aime beaucoup, qui a vu tous les films et lu tous les livres de la série, et qui a plusieurs raisons, s'il en faut, d'aimer ces histoires, ces personnages, ces décors, ces paysages, j'ai eu envie de voir d'abord les films. J'ai regardé hier soir le quatrième de la série, « Harry Potter et la coupe de feu ». Je dois dire que j'y prends beaucoup de plaisir. Je ne regrette pas de ne pas les avoir vus avant car je les découvre en ce moment avec un immense plaisir que je n'aurais pas connu si j'avais regardé ces films il y a un an, par exemple. Je pensais regarder ce soir le cinquième film disponible mais ce soir mes pensées sont toutes tournées vers un autre Harry (non pas le jeune prince du même nom mais un chat merveilleux dont le nom complet est Harry Potter), et mon cœur est tout entier avec son fidèle ami et compagnon des treize dernières années.

Il y a quelques semaines, le 18 novembre dernier, plus précisément, j'ai parlé des problèmes de santé que connaissait Harry et qui inquiétaient au plus haut point son ami, avec raison. Puis, le 22 novembre, je remerciais la déesse Bast car Harry avait pris du mieux et repris des forces. Depuis lors, il semblait aller aussi bien que possible. Il avait retrouvé sa joie de vivre et continuait de faire le bonheur de son maître et de leur ami canin.

Parti à la campagne pour célébrer Noël, Harry y avait trouvé un charmant petit lit joliment aménagé par la grand-mère de son ami, une bouillotte pour le tenir au chaud. Il s'était même permis de manger quelques fleurs du bouquet qui souhaitait la bienvenue à lui et ses amis humain et canin. Un soir, en montant à sa chambre, mon amour avait vu avec émotion Harry dormir dans son propre berceau de bébé...

Or, hier soir, Harry a fait comprendre que ça n'allait plus, qu'il était temps de partir. Peu après être rentré d'une promenade dans la campagne, mon amour a constaté que Harry avait donné tout ce qu'il pouvait, que la prolongation de sa vie terrestre ne pourrait se faire que dans la souffrance. Comme il le lui avait promis, mon amour était là au moment critique ; comme il le lui avait promis, quand il fut clair qu'il n'y avait plus de retour possible, il a fait lui-même l'injection qui mettait fin à une souffrance aussi subite qu'irréversible.

Je ne connais pas beaucoup les chats moi-même mais j'ai lu quelque part, à plus d'un endroit, que les siamois sont parmi les plus fortes personnalités qui existent chez les chats, qu'ils sont joueurs, attachants, qu'ils aiment la vie domestique, la présence des gens autour d'eux, bien qu'ils n'aient en général qu'un seul maître. C'est sans doute le chat le plus attaché à son maître et celui qui exige de celui-ci une une présence attentionnée qu'il lui rend bien. On dit qu'il était aussi apprécié de la famille royale de Siam (l'ancienne Thaïlande) que des moines bouddhistes.

Or Harry n'était pas qu'un chat, pas qu'un siamois. C'était le compagnon depuis treize ans de ce garçon que j'aime. Harry avait été recueilli par la grand-mère de celui que j'aime et elle le lui offert au début de son adolescence ; il avait partagé sa vie durant toutes ses études et le début de sa vie professionnelle. On dit que le siamois développe avec son maître une telle complicité qu'on a l'impression qu'ils entretiennent une conversation intelligente ; c'était véritablement le cas entre Harry et son ami.

Harry devait quitter la campagne ce lundi pour rentrer avec ses deux amis, humain et canin, à l'appartement du centre-ville. Puisqu'il devait partir, abandonner son écorce terrestre, il a choisi le meilleur moment pour le faire. Il aura laissé passer les fêtes de Noël et du nouvel an, il y aura participé à sa façon. En annonçant hier soir qu'il ne pouvait plus retarder son départ pour l'autre dimension, il a permis à son maître et ami de lui donner la sépulture qu'il voulait. Un voisin lui aura fabriqué un petit cercueil et Harry aura été enseveli ce soir même dans le parc de celle qui l'avait recueilli il y a treize ans, comme elle a recueilli et soigné tant d'autres de ses frères du règne animal. S'il avait pu parler, Harry aurait su trouver les mots pour remercier cette femme extraordinaire qui, dans son cas, lui aura permis de vivre tous les bons côtés d'une vie princière, sans les aspects négatifs de la célébrité. Je suis sûr qu'au cours des derniers jours, il aura su dire par le regard ce « merci » qu'il ne pouvait prononcer.

Harry ne souffre plus et il a rejoint le paradis des chats. Sur Terre il ne sera jamais oublié de ceux qui l'ont connu. Pour ma part, jamais auparavant je ne me serai attaché à ce point à un chat. J'ai connu Harry bien tard mais il aura su, autant que son maître et ami, conquérir mon cœur. Ce cœur, il est bien lourd et malheureux ce soir en pensant à la peine de celui à qui Harry manquera le plus. Je lui souhaite beaucoup de force pour traverser cette épreuve et je l'assure de tout mon amour et de ma présence.

samedi 22 novembre 2008

Merci à Bast


J'ai des nouvelles de Harry. Il va beaucoup mieux. Il a cessé de vomir et il reprend des forces. Merci à Bast d'écouter nos prières. L'encens et les bougies continuent de brûler devant son image.

Cette photo anonyme provient d'Internet

Quand à l'ami canin, il est comme moi : il n'a pas l'air trop malheureux mais il attend impatiemment le retour de son maître. Il traîne partout un pull que son maître lui a laissé avant de partir ; il retrouve dans ce pull l'odeur de son maître. Moi qui n'ai pas l'odorat si fin, en attendant de respirer son parfum sur lui-même, j'ouvre de temps à autre une jolie petite boîte bleue et j'y respire le parfum de celui que j'aime.

Comme le dit si bien l'amie qui me donne des nouvelles — et elle sait très bien de quoi elle parle car elle en a plusieurs chez elle — les animaux sont plein d'amour et de fidélité envers ceux qui les aiment. Certaines personnes devraient s'en inspirer.

mardi 18 novembre 2008

Prière à Bast

Nous, les humains, avons nos divinités ; certains ne veulent croire qu'en une seule, d'autres pas du tout. La plupart de ces divinités sont représentées sous forme humaine ; d'autres cependant sont représentées par des animaux ou par des choses. Chez les anciens Égyptiens, par exemple, les divinités peuvent apparaître sous la forme de bélier, de chacal, de chat, de chien et de la famille des canidés, de cobra, de crocodile, de faucon, de gazelle, de grenouille, de hérisson, de lion, d'oiseau, de scarabée, de serpent, de vautour, et de nombreuses autres formes animales.

Parmi ces divinités, il y a la déesse Bastet ou plus vraisemblablement Bast, représentée sous forme de chat, « protectrice des femmes et des enfants, détient le pouvoir magique qui stimule l'amour et l'« énergie charnelle », peut-on lire sur Wikipédia. On y lit également ceci : « Bastet est une déesse aux caractères antagonistes, douce et cruelle, elle est aussi attirante que dangereuse. Bastet est aussi le symbole de la féminité, la protectrice du foyer et la déesse de la maternité. Mais toujours en elle, sommeille le félin... »

S'il existe une divinité qui veille sur les chats, c'est bien Bast. C'est à titre que je l'invoque aujourd'hui, avec bougie et encens devant son image ; je n'ai pas la statuette, mais une image agrandie de celle ci :




Il y a lieu d'invoquer la déesse Bast pour veiller sur Harry dont les problèmes d'articulations causés par un cancer ont limité grandement les déplacements et les jeux depuis deux ans, sans affecter son humeur et sa capacité d'exprimer son affection.

Harry habite chez son maître depuis 13 ans, l'âge même qu'avait son maître au moment où ils sont devenus amis. C'est donc dire qu'il aura été pour son maître depuis 13 ans le fidèle ami de tous les instants, le témoin de son adolescence, de sa vie d'étudiant et de jeune adulte, le complice de tant de moments intenses, beaux ou tristes, compagnon de ses nuits de lecture ou de ses rêveries auprès du feu.

Cette photo anonyme provient d'Internet

Depuis deux jours, Harry ne va pas bien. Il est allé trois fois chez le vétérinaire en vingt-quatre heures. Le vétérinaire viendra ce mercredi matin l'examiner et, au besoin, lui faire une injection pour calmer les vomissements. Jamais son maître n'acceptera de voir souffrir son chat ; tant qu'il pourra lui maintenir une qualité de vie, sans douleur qu'il ne pourrait atténuer, il fera tout ce qui est possible. Les deux dernières visites chez le vétérinaire ont fait beaucoup de bien à Harry et, ce mardi soir, il avait pris du mieux. Hélas, son maître doit s'absenter durant une semaine, sans possibilité de reporter à plus tard cette longue absence qui le privera de l'affection de son chat et qui l'empêchera de veiller amoureusement sur lui. Heureusement, une très aimable voisine et amie accueillera Harry durant cette semaine et en donnera quotidiennement, par téléphone , des nouvelles à son maître ; évidemment, elle communiquera immédiatement avec le vétérinaire si l'état de santé devait s'aggraver.

En l'absence de son maître, je prendrai la relève pour demander à la déesse Bast de veiller sur Harry et de faire en sorte qu'il puisse continuer de faire le bonheur de son maître et de sa petite famille. J'ai devant moi une grande photo en noir et blanc sur laquelle on voit, en gros plan, Harry appuyé sur la poitrine de son maître, la tête posée sur son épaule ; il semble s'abandonner en toute confiance et, dans son regard qui me fixe en douceur, je peux lire : « Je compte sur toi pour m'aider à prolonger ce bonheur ! »



En 1985, Freddie Mercury avait dédié à tous les amis des chats du monde entier son premier album solo, « Mr Bad Guy ». En 1991, ce chanteur du groupe Queen a publié sur son album « Innuendo » une chanson intitulée « Delilah », dédiée à son propre chat ; dans cet enregistrement, son guitariste et lui se transforment en chats pour en imiter les miaulements. Ces chats ont tous un nom ; par exemple, le chat roux, c'est Oscar ; Delilha, c'est la chatte noir et blanc qui dort dans le panier rempli de linge ; le persan que Freddie Mercury embrasse sur le canapé, c'est Tiffany...


dimanche 15 juin 2008

Mon père, ce héros ?


L'image vient d'ici

Le troisième dimanche de juin c'est, dans de très nombreux pays, le jour de la fête des Pères.

Certains parcourront de longues distances pour aller exprimer leur filiale affection. J'ai beaucoup de respect et de tendresse pour cela. Quand mon père était vivant, tous ceux de la famille qui pouvaient le faire se rendaient à la maison familiale pour lui offrir leurs voeux et des cadeaux. Réunis autour de la table, nous renouvelions ensuite les dîners de famille. Ceux qui habitaient trop loin se manifestaient par téléphone, après l'avoir fait d'abord par la poste au cours des jours précédents. Depuis qu'il n'est plus là, je me contente d'avoir une pensée spéciale pour lui ce jour-là.

J'ai toujours eu avec ma soeur aînée et son mari une relation plus affectueuse qu'avec mes parents officiels. C'est normal puisqu'ils m'avaient « adopté » durant près de deux ans, faisant pratiquement de moi leur fils unique avant l'arrivée de leurs propres enfants. L'affection et la complicité qui sont toujours restées entre mon beau-frère et moi ont amené quelqu'un que je connaissais à se demander si, en fait, ma soeur et mon beau-frère n'étaient pas mes véritables parents ; la question m'avait quelque peu désarçonné, avait semé le doute en mon esprit. Le jour du décès de mon père alors que nous étions plusieurs à manger au restaurant, près de l'hôpital, mon beau-frère a lui-même abordé la question de mon « adoption » durant deux ans, dans les toutes premières années de mon existence ; j'en ai profité pour lui poser la question. M'annonçant qu'il avait été un moment question de m'adopter officiellement mais que non, il n'était pas mon père, que j'étais réellement le fils de mes parents.

Mon « père affectif » a célébré dernièrement un anniversaire important ; plus de soixante-quinze personnes sont venues de partout pour souligner l'événement et, bien entendu, j'y étais. Toutefois, ce qui lui aura fait le plus plaisir, j'en suis sûr, c'est que le lendemain, profitant du passage d'une nièce qui a une voiture (je suis sans doute le seul à ne pas en avoir, au fond), je suis allé lui rendre visite dans sa municipalité des Laurentides, au nord de Montréal ; il était si fier de me faire visiter la maison dont il vient à peine de terminer la construction et l'aménagement. Fier de cette maison qu'il a construite lui-même dans ses moindres détails, de ses propres mains, mais fier surtout de me la faire visiter à moi, et heureux que je sois là, chez lui, moi qui suis toujours ému de les voir, ma soeur et lui, dans les réunions de famille mais qui ne suis pas allé très souvent chez eux ces dernières années.

Vers le milieu de l'adolescence, mon neveu-filleul m'appelait toujours à la fête des Pères car, disait-il, j'étais son « père spirituel » (parce que ses parents étaient divorcés et qu'il ne voyait pas souvent son père, j'essayais d'être le plus présent possible).

Je connais un garçon pour qui ce devoir filial reste un rendez-vous incontournable dans une vie pourtant bien remplie. Hier soir, après une longue journée de travail, à sauver des vies, soulager des souffrances, encourager ou tenter de consoler des familles, ce jeune homme est monté sur sa moto, après dix-neuf heures, a parcouru plus de cent cinquante kilomètres afin d'aller se recueillir sur la tombe de son père et y déposer la gerbe de fleurs qu'il avait fait préparer pour l'occasion. Elles côtoieront celles qu'y avaient déposées plus tôt dans la journée le frère aîné, l'autre fils aimé et aimant. Après avoir fait ses dévotions, après ce moment de recueillement, le garçon verra qu'il y a de la lumière dans la maison familiale qu'habite le frère aimé. Il ne s'arrêtera toutefois pas pour aller saluer le grand frère. Il remontera sur sa moto, reprendra la route pour refaire en sens inverse les cent cinquante kilomètres et finalement rentrer chez lui vers minuit.

Voilà bien un jeune homme pour qui « amour filial, mémoire, fidélité, respect des traditions » ne sont pas de vains mots. Je sais aussi qu'un peu partout sur la Terre, d'autres fils, d'autres filles, auront rendu hommage à leur père, qu'il soit vivant ou disparu. Moi qui n'ai pas tellement l'esprit de famille, j'ai pourtant pour eux beaucoup de respect et, d'une certaine façon, je les envie.

vendredi 30 mai 2008

Alexandre et Héphestion

Paul Véronnèse, La famille de Darius devant Alexandre (1565-1570)
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L'Histoire ancienne nous a laissé plusieurs beaux témoignages d'amitié entre deux hommes. Pour n'en mentionner que quelques-unes qui nous proviennent de la Grèce, rappelons celles d'Achille et Patrocle, de Castor et Pollux ainsi que celle d'Alexandre le Grand et Héphestion (on voit souvent l'orthographe Héphaestion ou Héphaistion).

Les historiens ne s'entendent pas tous sur l'ampleur et la nature de l'amitié qui liait Alexandre et Héphestion. Le plus beau témoignage sur cette amitié est sans doute celui de Roger Peyrefitte dans sa trilogie sur Alexandre (La jeunesse d'Alexandre, Les conquêtes d'Alexandre et Alexandre le Grand), biographie très fouillée et cependant boudée par les historiens puritains parce que l'auteur ne laisse pas sous le voile et les sous-entendus ce qui se passe dans la chambre à coucher des héros. Je peux comprendre qu'il s'agit là d'une biographie à ne pas mettre entre les mains de tout enfant ; mais quel enfant serait intéressé à une histoire si détaillée et précise courant sur près de deux milles pages ?

J'ai pu voir récemment le film Alexandre d'Oliver Stone, film de 2004 que je n'avais pas voulu voir, persuadé d'avance que je serais déçu. Il y a quelques semaines, un ami m'a prêté le dvd du film en question et je me suis empressé de le regarder, ne serait-ce que pour confirmer ou infirmer mes préjugés. Je dois dire que j'ai été à la fois séduit et déçu. Heureux de voir racontée en images, au prix de nombreux raccourcis, une histoire qui me fait rêver depuis quelques décennies et, en même temps, déçu de voir escamotés certains épisodes de la vie d'Alexandre, son enfance et sa première jeunesse entre autres. J'ai cependant écouté avec grand intérêt les commentaires en supplément sur le dvd au sujet de la réalisation du film ; on y dit notamment que la question de l'homosexualité (ou de la bisexualité) d'Alexandre le Grand reste taboue à notre époque alors qu'elle l'était beaucoup moins à celle d'Alexandre, il y a plus de 2300 ans.

C'est au cours de leur enfance que s'est nouée l'amitié entre Alexandre et Héphestion. Nés la même année et élevés ensemble, à Pella en Macédoine, les deux amis, fils d'aristocrates, ont reçu l'enseignement d'Aristote. Sur cette enfance et le début de cette amitié, La jeunesse d'Alexandre de Roger Peyrefitte n'est pas avare de détails, alors que le film d'Oliver Stone nous laisse sur notre faim.

Tous les historiens ne s'entendent pas sur la nature exacte des relations entre Alexandre et Héphestion, amoureuses ou pas, mais tous s'entendent cependant sur la solidité de leur amitié, digne de celle des héros d'Homère, Achille et Patrocle.

Ce tableau de Véronèse illustre un moment où l'armée d'Alexandre le Grand vient de remporter une victoire sur l'armée du roi des Perses, Darius III. Celui-ci aurait été assassiné et sa famille vient présenter ses respects à Alexandre. Or, Sysygambis, la mère de Darius III, trompée par la taille et la beauté d'Héphestion confond celui-ci avec Alexandre. Ce dernier, loin de s'en offusquer, dit en désignant Héphestion : « Lui aussi est Alexandre ». Peut-on trouver au monde plus beau témoignage d'amitié ?

J'espère qu'un jour quelqu'un consacrera un livre à Héphestion, livre qui pourrait bien s'appeler Héphestion ou l'amitié, Héphestion et la fidélité ou encore, pourquoi pas, Héphestion et l'amour indéfectible.

Ne peut-on pas dire avec Victor Hugo, aussi bien pour l'amitié que pour l'amour : « Deux êtres se sont aimés parce qu'ils se sont regardés. C'est comme cela qu'on s'aime, et uniquement pour cela. »